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Bac 2012 |
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Le sujet2008 - Bac Pro Secteur Industriel - Français - Compétence de lecture |
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1. Par quels procédés d'écriture le narrateur traduit-il l'abondance et la
variété de la nourriture ? Vous vous intéresserez en particulier à
l'organisation du texte, à la structure des phrases et au lexique. (4 points)
2. "On discutait. On riait. Chacun veillait sur son voisin, vérifiant que son assiette ne se vide jamais". (lignes 23 et 24). Quelles relations entre les convives sont mises en valeur dans ces trois phrases ? Par quels procédés (choix des pronoms, des verbes...) ? (2 points)
3. En vous appuyant sur les comportements, sur les sentiments et les sensations éprouvés par les personnages, dites quelle signification particulière prend ce repas. (4 points)
(10 points)
Texte
Dans une modeste famille de pêcheurs du sud de l'Italie, un repas de famille est organisé...
1 Ils
étaient une quinzaine à table et ils se regardèrent un temps, surpris de
constater à quel point
le clan avait grandi. Raffaele rayonnait de bonheur et de
gourmandise. Il avait tant rêvé de cet instant.
Tous ceux qu'il aimait étaient là, chez lui, sur son trabucco1.
Il s'agitait d'un coin à un autre, du four à
la cuisine, des filets de pêche à la table, sans relâche,
pour que chacun soit servi et ne manque de rien.
5 Ce jour resta gravé dans la mémoire des
Scorta. Car pour tous, adultes comme enfants, ce fut la
première fois qu'ils mangèrent ainsi. L'oncle Faelucc' avait
fait les choses en grand. Comme
antipasti2, Raffaele et Giuseppina apportèrent sur
la table une dizaine de mets. Il y avait des moules
grosses comme le pouce, farcies avec un mélange à base
d'œufs, de mie de pain et de fromage. Des
anchois marinés dont la chair était ferme et fondait sous la
langue. Des pointes de poulpes. Une salade
10 de tomates et de chicorée. Quelques fines tranches d'aubergine
grillées. Des anchois frits. On se
passait les plats d'un bout à l'autre de la table. Chacun
piochait avec le bonheur de n'avoir pas à
choisir et de pouvoir manger de tout.
Lorsque les assiettes furent vides,
Raffaele apporta sur la table deux énormes saladiers fumants.
Dans l'un, les pâtes traditionnelles de la région : les troccoli
à l'encre de seiche. Dans l'autre, un
15 risotto aux fruits de mer. Les plats furent accueillis avec un hourra
général qui fit rougir la cuisinière.
C'est le moment où l'appétit est ouvert et où l'on croit
pouvoir manger pendant des jours. Raffaele
posa également cinq bouteilles de vin du pays. Un vin rouge,
rugueux, et sombre comme le sang du
Christ. La chaleur était maintenant à son zénith. Les
convives étaient protégés du soleil par une natte
de paille, mais on sentait, à l'air brûlant, que les lézards
eux-mêmes devaient suer.
20 Les conversations naissaient dans le brouhaha des
couverts - interrompues par la question d'un
enfant ou par un verre de vin qui se renversait. On parlait
de tout et de rien. Giuseppina racontait
comment elle avait fait les pâtes et le risotto. Comme si
c'était encore un plaisir plus grand de parler de
nourriture lorsque l'on mange. On discutait. On riait. Chacun
veillait sur son voisin, vérifiant que son
assiette ne se vide jamais.
25 Lorsque les grands plats furent vides, tous étaient
rassasiés. Ils sentaient leur ventre plein. Ils
étaient bien. Mais Raffaele n'avait pas dit son dernier mot.
Il apporta en table cinq énormes plats
remplis de toute sorte de poissons pêchés le matin même. Des
bars, des dorades. Un plein saladier de
calamars frits. De grosses crevettes roses grillées au feu de
bois. Quelques langoustines même. Les
femmes, à la vue des plats, jurèrent qu'elles n'y
toucheraient pas. Que c'était trop. Qu'elles allaient
30 mourir. Mais il fallait faire honneur à Raffaele et Giuseppina. Et pas
seulement à eux. À la vie
également qui leur offrait ce banquet qu'ils n'oublieraient
jamais. On mange dans le Sud avec une
sorte de frénésie et d'avidité goinfre. Tant qu'on peut.
Comme si le pire était à venir. Comme si c'était
la dernière fois qu'on mangeait. Il faut manger tant que la
nourriture est là. C'est une sorte d'instinct
panique. Et tant pis si on s'en rend malade. Il faut manger
avec joie et exagération.
35 Les plats de poisson tournèrent et on les dégusta
avec passion. On ne mangeait plus pour le
ventre mais pour le palais. Mais malgré toute l'envie qu'on
en avait, on ne parvint pas à venir à bout
des calamars frits. Et cela plongea Raffaele dans un
sentiment d'aise vertigineux. Il faut qu'il reste des
mets en table, sinon, c'est que les invités n'ont pas eu
assez. A la fin du repas, Raffaele se tourna vers
son frère Giuseppe et lui demanda en lui tapotant le ventre :
"Pancia piena3 ?" Et tout le monde rit,
40 en déboutonnant sa ceinture ou en sortant son éventail. La chaleur
avait baissé mais les corps repus
commençaient à suer de toute cette nourriture ingurgitée, de
toute cette joyeuse mastication. Alors
Raffaele apporta en table des cafés pour les hommes...
Laurent Gaudé, Le soleil des Scorta, 2004.
1 trabucco : ponton en bois
2 antipasti : hors-d'œuvre
3 "Pancia piena ?" : "Ton ventre est bien
rempli ?"
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