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Bac 2012 |
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Le sujet2010 - Bac Pro Secteur Industriel - Français - Compétence de lecture |
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Présentez,
en vous appuyant sur le texte, le marché que propose Trivelin
à Arlequin.
Relevez les arguments avancés par
Trivelin et justifiez leur ordre de présentation.
(3
points)
Comment
réagit Arlequin ? Quels arguments oppose-t-il ?
(3
points)
Sur
quoi repose le comique des répliques d’Arlequin ?
En quoi cette scène se prête-t-elle particulièrement
au jeu théâtral ? Vous vous appuierez sur le
vocabulaire, la syntaxe, les attitudes.
(4 points)
Un prince, qui doit se choisir une femme sur son territoire, a fait enlever une jeune paysanne, Silvia, dont il s’est épris. Trivelin, un officier du palais, est chargé par le prince de persuader Arlequin, « l’ amoureux » de Silvia, de lui céder sa bien-aimée.
ACTE I, scène IV
TRIVELIN, ARLEQUIN
TRIVELIN. Seigneur1 Arlequin, croyez-moi, faites quelque chose pour votre maître. Il ne peut se résoudre à quitter Silvia, je vous dirai même qu’on lui a prédit l’aventure qui la lui a fait connaître, et qu’elle doit être sa femme ; il faut que cela arrive, cela est écrit là-haut.
ARLEQUIN. Là-haut on n’écrit pas de telles impertinences ; pour marque de cela, si on avait prédit que je dois vous assommer, vous tuer par derrière, trouveriez-vous bon que j’accomplisse la prédiction ?
TRIVELIN. Non, vraiment, il ne faut faire de mal à personne.
ARLEQUIN. Eh bien ! c’est ma mort qu’on a prédite ; ainsi c’est prédire rien qui vaille, et dans tout cela, il n’y a que l’astrologue à pendre.
TRIVELIN. Eh ! morbleu, on ne prétend pas vous faire du mal ; nous avons ici d’aimables filles ; épousez-en une, vous y trouverez votre avantage.
ARLEQUIN. Oui-dà ! que je me marie à une autre, afin de mettre Silvia en colère et qu’elle porte son amitié ailleurs ! Oh, oh ! mon mignon, combien vous a-t-on donné pour m’attraper ? Allez, mon fils, vous n’êtes qu’un butord2 ; gardez vos filles, nous ne nous accommoderons3 pas ; vous êtes trop cher.
TRIVELIN. Savez-vous bien que le mariage que je vous propose vous acquerra l’amitié du Prince ?
ARLEQUIN. Bon ! mon ami ne serait pas seulement mon camarade.
TRIVELIN. Mais les richesses que vous promet cette amitié…
ARLEQUIN. On n’a que faire de toutes ces babioles-là, quand on se porte bien, qu’on a bon appétit et de quoi vivre.
TRIVELIN. Vous ignorez le prix de ce que vous refusez.
ARLEQUIN, d’un air négligent. C’est à cause de cela que je n’y perds rien.
TRIVELIN. Maison à la ville, maison à la campagne.
ARLEQUIN. Ah, que cela est beau ! il n’y a qu’une chose qui m’embarrasse : qui est-ce qui habitera ma maison de ville, quand je serai à ma maison de campagne ?
TRIVELIN. Parbleu, vos valets !
ARLEQUIN. Qu’ai-je besoin de faire fortune pour ces canailles-là ? Je ne pourrai donc pas les habiter toutes à la fois ?
TRIVELIN, riant. Non, que je pense ; vous ne serez pas en deux endroits en même temps.
ARLEQUIN. Eh bien, innocent que vous êtes, si je n’ai pas ce secret-là, il est inutile d’avoir deux maisons.
TRIVELIN. Quand il vous plaira, vous irez de l’une à l’autre.
ARLEQUIN. A ce compte, je donnerai donc ma maîtresse pour avoir le plaisir de déménager souvent ?
TRIVELIN. Mais rien ne vous touche ; vous êtes bien étrange ! Cependant tout le monde est charmé d’avoir de grands appartements, nombre de domestiques…
ARLEQUIN. Il ne me faut qu’une chambre ; je n’aime point à nourrir des fainéants, et je ne trouverai point de valet plus fidèle, plus affectionné à mon service que moi.
TRIVELIN. Je conviens que vous ne serez point en danger de mettre ce domestique-là dehors ; mais ne seriez-vous pas sensible au plaisir d’avoir un bon équipage, un bon carrosse, sans parler de l’agrément d’être meublé superbement ?
ARLEQUIN. Vous êtes un grand nigaud, mon ami, de faire entrer Silvia en comparaison avec des meubles, un carrosse et des chevaux qui le traînent ; dites-moi, fait-on autre chose dans sa maison que s’asseoir, prendre ses repas et se coucher ? Eh bien, avec un bon lit, une bonne table, une douzaine de chaises de paille, ne suis-je pas bien meublé ? N’ai-je pas toutes mes commodités ? Oh, mais je n’ai point de carrosse ! Eh bien, (en montrant ses jambes), je ne verserai point. Ne voilà-t-il pas un équipage que ma mère m’a donné ? N’est-ce pas de bonnes jambes ? Eh morbleu, il n’y a pas de raison à vous d’avoir une autre voiture que la mienne. Alerte, alerte, paresseux, laissez vos chevaux à tant d’honnêtes laboureurs, qui n’en ont point, cela nous fera du pain ; vous marcherez, et vous n’aurez pas les gouttes.
Marivaux, (1688-1763), la Double Inconstance, acte I, scène 4, 1723
Edition La Pléiade
1
Trivelin cherche à flatter Arlequin
2 Personnage
grossier et stupide
3 Nous ne pourrons pas nous
entendre
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