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Bac 2012 |
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Le sujet2009 - Bac Pro Secteur Industriel - Français - Compétence de lecture |
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Le sujet porte sur l'exil. Il est plutôt facile et intéressant (la question des échos entre le texte et la bande dessinée est particulièrement intéressante). |
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(10 points)
(3 points)
1.
Bande dessinée
Examinez les vignettes (contenu,
cadrage, succession...). Comment le dessinateur met-il en images le
thème de l'exil et la situation du migrant ?
(3 points)
2.
Bande dessinée et texte
Confrontez le texte (ligne 1 à
40) et la planche de bande dessinée. Dans ce passage, dégagez
les éléments qui évoquent ceux de la bande
dessinée.
(4 points)
3.
Texte
Quels indices permettent de dire que pour Monsieur Linh
ce voyage est un aller sans retour ? Vous vous appuierez sur la
construction du récit et sur le lexique employé.

TEXTE
C'est
un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre
dans ses
bras une valise légère
et un nouveau-né, plus léger encore que la valise.
Le
vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il
est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi
car
tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.
5 Debout
à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays,
celui de ses
ancêtres et de ses
morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays
s'éloigne,
devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître
à
l'horizon, pendant des heures,
malgré le vent qui souffle et le chahute comme
une
marionnette.
10 Le voyage dure
longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le
vieil
homme le passe à l'arrière du bateau, les yeux dans le
sillage blanc qui
finit par s'unir au
ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les
rivages
anéantis.
Quand
on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans
rien
15 dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le
pont arrière, une main tenant
le
bastingage, l'autre serrant l'enfant, la petite valise de cuir
bouilli posée à ses pieds.
Une
sangle entoure la valise afin qu'elle ne puisse pas s'ouvrir,
comme
si à l'intérieur se
trouvaient des biens précieux. En vérité, elle
ne contient que
20 des vêtements usagés, une
photographie que la lumière du soleil a
presque
entièrement effacée,
et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé
une
poignée de terre. C'est là
tout ce qu'il a pu emporter. Et l'enfant bien sûr.
L'enfant
est sage. C'est une fille. Elle avait six semaines
lorsque
Monsieur Linh est monté à
bord avec un nombre infini d'autres gens
25 semblables à
lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l'on
a
regroupés à la hâte
et qui se sont laissé faire.
Six
semaines. C'est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque
le
bateau arrive à destination, la
petite fille a déjà doublé le temps de sa
vie.
Quant au vieil homme, il a
l'impression d'avoir vieilli d'un siècle.
30 Parfois,
il murmure une chanson à la petite, toujours la même, et
il voit
les yeux du nourrisson s'ouvrir et
sa bouche aussi. Il la regarde, et il aperçoit
davantage
que le visage d'une très jeune enfant. Il voit des paysages,
des
matins lumineux, la marche lente et
paisible des buffles dans les rizières,
l'ombre
ployée des grands banians(1) à l'entrée
de son village, la brume bleue
35 qui descend des montagnes
vers le soir, à la façon d'un châle qui
glisse
doucement sur les
épaules.
Le
lait qu'il donne à l'enfant coule sur le bord de ses lèvres.
Monsieur
Linh n'a pas l'habitude encore.
Il est maladroit. Mais la petite fille ne pleure pas.
Elle
retourne au sommeil, et lui, il revient vers l'horizon, l'écume
du sillage et le
40 lointain dans lequel, depuis bien
longtemps déjà, il ne distingue plus
rien.
Enfin, un
jour de novembre, le bateau parvient à sa destination, mais
le
vieil homme ne veut pas en descendre.
Quitter le bateau, c'est quitter vraiment
ce
qui le rattache encore à sa terre. Deux femmes alors le mènent
avec des
gestes doux vers le quai, comme
s'il était malade. Il fait très froid. Le ciel
est
45 couvert. Monsieur Linh respire l'odeur du pays
nouveau. Il ne sent rien. Il n'y a
aucune
odeur. C'est un pays sans odeur. Il serre l'enfant plus encore contre
lui,
chante la chanson à son
oreille. En vérité, c'est aussi pour lui-même
qu'il la
chante, pour entendre sa propre
voix et la musique de sa langue.
Monsieur
Linh et l'enfant ne sont pas seuls sur le quai. Ils sont
des
50 centaines, comme eux. Vieux et jeunes, attendant
docilement, leurs maigres
effets à
leurs côtés, attendant sous un froid tel qu'ils n'en ont
jamais connu
qu'on leur dise où
aller. Aucun ne se parle. Ce sont de frêles statues
aux
visages tristes, et qui grelottent
dans le plus grand silence.
Une
des femmes qui l'a aidé à descendre du bateau revient à
lui. Elle lui
55 fait signe de la suivre. Il ne comprend pas
ses mots mais il comprend ses
gestes. Il
montre l'enfant à la femme. Elle le regarde, paraît
hésiter, et
finalement sourit. Il
se met en marche et la suit.
Les
parents de l'enfant étaient les enfants de Monsieur Linh. Le
père de
l'enfant était son
fils. Ils sont morts dans la guerre qui fait rage au pays
depuis
60 des années déjà. Ils sont
partis un matin travailler dans les rizières,
avec
l'enfant, et le soir ils ne sont pas
revenus. Le vieil homme a couru. Il est arrivé
essoufflé
près de la rizière. Ce n'était plus qu'un trou
immense et clapotant,
avec sur un côté
du cratère un cadavre de buffle éventré, son
joug brisé en
deux comme un brin de
paille. Il y avait aussi le corps de son fils, celui de sa
65 femme,
et plus loin la petite, les yeux grands ouverts, emmaillotée,
indemne, et
à côté de
la petite une poupée, sa poupée, aussi grosse qu'elle,
à laquelle un
éclat de la
bombe avait arraché la tête. La petite fille avait dix
jours. Ses
parents l'avaient appelée
Sang diû, ce qui dans la langue du pays veut
dire
"Matin doux". Ils l'avaient
appelée ainsi, puis ils étaient morts. Monsieur
Linh
70 a pris l'enfant. Il est parti. Il a décidé
de partir à jamais. Pour l'enfant.
(1) Grand figuier de vingt mètres de haut avec des racines aériennes.
Philippe CLAUDEL, La
petite fille de Monsieur Linh, Éditions Stock, 2005.
Consultez les résultats du brevet, BTS, CAP, BEP 
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