Suivez-nous
 >   >   >   > Texte de Verlaine

Annales gratuites Bac 1ère STI : Texte de Verlaine

Le sujet  2006 - Bac 1ère STI - Français - Commentaire littéraire Imprimer le sujet
Avis du professeur :

Un poème de Paul Verlaine.
Le sens littéral du texte n'est pas facile à comprendre. Mais les questions guident bien la lecture : en étant attentif à leur libellé, vous pouvez orienter votre lecture et mieux comprendre le texte.

LE SUJET


Texte A

 1  L'échelonnement des haies
    Moutonne à l'infini, mer
    Claire dans le brouillard clair
    Qui sent bon les jeunes baies.

 5  Des arbres et des moulins
    Sont légers sur le vert tendre
    Où vient s'ébattre et s'étendre
    L'agilité des poulains.

    Dans ce vague d'un Dimanche
10  Voici se jouer aussi
    De grandes brebis aussi
    Douces que leur laine blanche.

    Tout à l'heure déferlait
    L'onde, roulée en volutes(1),
15  De cloches comme des flûtes
    Dans le ciel comme du lait.

Stickney, 75
Paul Verlaine, Sagesse, III, 1881.

(1) Volutes : en spirales

 

Texte B

Dans le chapitre intitulé "Jour gris", la narratrice évoque la région de son enfance.

 1      J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette
    heure s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts.
    Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des
    arbres, d'un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif... Viens, toi qui
 5  l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale
    la fraise et la rose ! Tu jugerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs,
    qu'un fruit mûrit on ne sait où — là-bas, ici, tout près —, un fruit insaisissable
    qu'on aspire en ouvrant les narines. Tu jugerais, quand l'automne pénètre et
    meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu
10  la cherches, et tu la flaires, ici, là-bas, tout près...
        Et si tu passais en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune
    ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais,
    à leur parfum, s'ouvrir ton coeur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave
    dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber la tête, avec un muet
15  soupir...
        Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je
    connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, — si tu regardais bleuir, au
    lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se
    teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu
20  t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie !

Colette, Les Vrilles de la Vigne, 1908

 

Texte C

Le narrateur part se promener sur une petite route normande.

 1       [...] Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où
    je n'avais vu, avec ma grand-mère, au mois d'août, que les feuilles et comme
    l'emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison,
    d'un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de
 5  précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais
    vu et que faisait briller le soleil ; l'horizon lointain de la mer fournissait aux
    pommiers comme un arrière-plan d'estampe japonaise(1) ; si je levais la tête
    pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu
    rasséréné(2), presque violent, elles semblaient s'écarter pour montrer la
10  profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait
    trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues
    venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes,
    comme si c'eût été un amateur d'exotisme et de couleurs qui avait
    artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu'aux larmes
15  parce que, si loin qu'elle allât dans ses effets d'art raffiné, on sentait qu'elle
    était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne, comme des
    paysans sur une grande route de France. [...]

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, II, Chapitre Premier, 1921.

(1) Estampe japonaise : gravure représentant souvent un paysage stylisé
(2) Rasséréné : ravivé, encore plus bleu

 

Texte D

Extrême-automne

 1  Qu'il est donc rapide, le glissement d'une saison moribonde vers la saison
    future ! Hier encore (il semble que c'était hier), ce grand pays sous le soleil
    sec de septembre s'abandonnait aux charrues. Elles ouvraient dans l'herbe
    rase des prairies de longues blessures roses d'heure en heure élargies. À la
 5  pointe du dernier sillon, Fernand, l'épaule nue et dorée comme au plein de
    l'été, une main sur le soc(1) éblouissant, portait de l'autre à ses lèvres une
    pomme si rouge que le ciel autour d'elle avivait son bleu trop doux. Les
    chevaux las s'endormaient au repos et leurs crinières, en se penchant vers le
    sommeil, démasquaient par à-coups le ruban d'horizon, ses pans de collines,
10  ses villages minuscules délicatement dessinés, avec le compte exact des
    toitures et des arbres leurs couleurs posées côte à côte sans une bavure, à
    peine amorties au fond de l'air mûri comme un vin d'or. [...]

Gustave Roud, Air de Solitude, 1945.

(1) Soc : fer de charrue servant à labourer

 

Texte E

 1  POESIE : [...] La poésie n'existe pas à l'état naturel. Loin d'être un fait qui
    préexisterait à l'homme et que celui-ci découvrirait, elle est sa création et son
    triomphe. Quand Balzac(1) parle de poésie du commerce, ce n'est pas qu'elle
    s'y trouve, c'est qu'il l'y met. Sa sensibilité lui fait transfigurer certains
 5  éléments du commerce que les autres ne regardaient même pas. La poésie
    est la forme supérieure de l'imagination. C'est pour cela qu'on la croit
    apparentée à la divination.
        Or, elle n'a rien à voir avec la Pythie, les mystères d'Eleusis, Dr Imbéné
    Ravalavanavano amour argent examens(2). La poésie, c'est du travail. Il en
10  résulte un chant faisant croire qu'elle se passe dans le ciel. Le poète marche
    sur une corde. Elle est posée par terre.
        La poésie ne se trouve pas que dans les vers. Elle est là où le talent la
    met. La poésie est le résultat de toute bonne littérature. Mallarmé(3) : "Mais,
    en vérité, il n'y a pas de prose" (réponse à l'Enquête de Jules Huret(4)).
15      Le poème est l'objet ; la poésie, éventuellement, le résultat.
        La poésie est même le résultat de tout art réussi : un tableau est de la
    poésie, un beau vêtement bien porté est de la poésie, etc. Est poésie le
    résultat de toute activité humaine menée à bien. Un geste gracieux est de la
    poésie, un mouvement de troupe bien accompli est de la poésie. [...]

Charles Dantzig, Dictionnaire Egoïste de Littérature Française, 2005.

(1) Balzac (1799-1850) : romancier français
(2) Tous les noms cités dans cette phrase sont ceux de devins ou de mages censés prédire l'avenir
(3) Mallarmé (1842-1898) : poète français
(4) Jules Huret (1863-1915) : journaliste à L'Echo de Paris. Il fit paraître, en 1891, une enquête sur l'évolution de la littérature.

 

Commentaire (14 points)

Vous commenterez le poème de Paul Verlaine "L'échelonnement des haies" (texte A), en vous aidant du parcours de lecture suivant :

● vous analyserez comment le recours aux sensations contribue à construire le paysage ;
● vous étudierez comment le poète parvient à créer une atmosphère en accord avec le titre du recueil dont est extrait le poème.

LE CORRIGÉ


I - L'ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET

Sujet

Contrainte explicite :

Vous commenterez le texte de Verlaine

► Le commentaire d’un poème de Verlaine, extrait du recueil Sagesse, ce qui exclut toute référence aux autres textes du groupement proposé.

 

Contraintes implicites :

 

Pas de connaissances techniques particulières. Il suffit de suivre le parcours de lecture proposé et donc de bien lire le libellé des questions.

 

Une culture littéraire : pas de connaissances particulières.

 

Un savoir-faire : savoir analyser les deux questions proposées, être capable d'observer le texte et de tirer une analyse de ces observations. Savoir organiser ses réponses.

Caractéristiques générales du texte proposé :

Il s'agit de produire un commentaire composé qui suive le plan proposé par les deux questions. Il ne s'agit pas d'une explication de texte, comme à l’oral : il faut entièrement rédiger. Il ne faut pas faire de paraphrase, mais citer le texte et l'analyser.
Votre texte doit être écrit au présent de l'indicatif, comme une dissertation ou un essai. Vous ne racontez pas le texte au passé simple ou à l'imparfait.
Il ne faut pas oublier de proposer une petite introduction qui présente le texte et annonce les deux questions proposées. Nous étudierons d'abord comment le recours aux sensations contribue à construire le paysage. Nous étudierons ensuite comment le poète parvient à créer une atmosphère en accord avec le titre du recueil.
Il ne faut pas oublier de proposer quelques lignes de conclusion.

 

II – LES DIFFERENTS TYPES DE PLAN POSSIBLES

Comment organiser la réponse à chacune des questions ? Il suffit de lire le libellé des questions : chacune contient exactement la démarche à suivre.

PremiEre question : la question contient deux consignes

Observer le recours aux sensations : il faudra donc chercher le champ lexical des sensations.
Analyser comment ces sensations construisent le paysage : essayer de comprendre comment, à partir de ce qu'il ressent, le poète décrit un paysage.
On peut donc répondre à la question en suivant successivement les deux consignes :

1. Enumérer d'abord les sensations

Soit dans l'ordre où elles apparaissent dans le texte.
Soit pour ceux d'entre vous qui sont plus méthodiques, en fonction des sens sollicités : vue, ouïe, etc. Mais cela revient presque au même.

2. Etudier comment ces sensations créent un paysage

On peut aussi répondre en associant à chaque sensation relevée un élément du paysage.
Nous avons choisi la première solution. Mais les deux sont possibles.

DeuxiEme question : la question contient, lA aussi, implicitement deux consignes

Définir l'atmosphère du texte (elle est liée aux sensations relevées plus haut : attention à ne pas vous répéter).
Etudier le rapport avec le titre Sagesse : il faut donc analyser le sens et les connotations du mot.
On peut répondre à la question en suivant successivement ces deux consignes. Mais le risque est peut-être de se répéter par rapport à la première question.
On peut aussi partir du mot Sagesse et repérer dans le texte ce qui y renvoie : c'est le plan que nous avons choisi.

 

III - LES PISTES DE REPONSES

PREMIERE QUESTION

1. Les sensations repérées dans le texte

Presque tous les sens sont présents dans le poème :
La vue (en particulier dans les deux premiers quatrains : vous pouvez donc suivre l'ordre du texte). La vue est surtout sollicitée à travers des notations de lumière ou de couleur : "claire dans le brouillard clair", "légers sur le vert tendre", "laine blanche" des brebis.
L'odeur est, après la vue, le deuxième sens sollicité : "qui sent bon les jeunes baies".
vient ensuite le toucher aux vers 11-12 : "De grandes brebis aussi/Douces que leur laine blanche". Le toucher est aussi perceptible au vers 6 : "légers". Cette légèreté renvoie peut-être au souffle de l'air.
Au dernier quatrain apparaît l'ouïe : "l'onde [...] de cloches comme des flûtes". On peut remarquer que le mot "onde" a deux significations : il peut désigner la mer (dans ce cas, le poète métaphorise le son des cloches en une mer) ; il peut aussi désigner l'onde sonore.
Enfin, la dernière expression du poème "le ciel comme du lait" peut éveiller le goût puisque le lait se savoure.
Ainsi, les cinq sens sont sollicités. Ils se mêlent même dans certaines notations : la comparaison entre le ciel et le lait au vers 16 mêle la vue, pour la couleur blanche,et le goût. Au vers 6, "légers sur le vert tendre", mêle le toucher ("légers", "tendre") et la vue.

2. Le paysage ainsi dessiné

● Le paysage ainsi suggéré est un lieu à la campagne :
On note la présence "des arbres et des moulins", les "haies" qui dégagent le parfum délicat de leurs fruits.
On note également la présence des animaux : les "brebis", les "poulains".
Enfin, on devine la proximité d'un village puisqu'on entend au dernier quatrain "l'onde [...] des cloches".

● Ce paysage peut aussi faire penser à un tableau :
On a d'abord la lumière. Peut-être est-ce la lumière douce du matin : le poète évoque le "brouillard" et la clarté. Les couleurs ne sont pas agressives comme elles pourraient l'être à la lumière de midi.
On remarque aussi les couleurs : il s'agit des "brebis" et du "ciel" pour le blanc, des prés sur lesquels gambadent "des poulains"et des "brebis" pour le vert.

Transition

Le paysage décrit dégage une atmosphère de tranquillité et même de bonheur qui semble en accord avec le titre Sagesse.

DEUXIEME QUESTION

Il fallait s'interroger sur le sens et les connotations du mot "Sagesse". La sagesse est une attitude mesurée, calme, tranquille qui s'oppose à la turbulence, à l'agitation. Mais c'est aussi une vertu qui permet de mieux vivre : on attribue ainsi la sagesse plutôt aux gens qui, ayant vécu, savent où sont l'essentiel et le bonheur. Le mot prend alors un sens plus philosophique.
On pouvait reprendre ces deux aspects dans la réponse.

1. Une atmosphère paisible

Le cadre est idéal. Même les éléments ordinairement lourds, imposants comme les "arbres" et les "moulins" sont ici qualifiés de "légers".
Les animaux ont l'air tranquilles. Les poulains viennent "s'ébattre et s'étendre". Même les brebis sont qualifiées de "douces". D'ailleurs elles viennent "se jouer", c'est-à-dire s'amuser.
Une certaine beauté se dégage de l'ensemble : les haies sont métaphorisées en une "mer" avec son écume ("le moutonnement"). On retrouve cette métaphore à la fin : "l'onde [...] des cloches".

2. Une invitation au bien être, au bonheur

En fait, le paysage invite à profiter du moment présent. C'est la signification de toutes les sensations présentes dans le poème. De plus, les verbes sont au présent. A un seul moment, le poète utilise un verbe à l'imparfait : "déferlait". Mais il renvoie à un passé très proche : "tout à l'heure".
D'ailleurs le poète évoque à un moment "ce vague d'un Dimanche" : on peut penser à l'ennui d'une journée où il n'y a rien à faire. Mais au lieu de s'ennuyer ou de se plaindre, il regarde la beauté du monde. C'est là qu'est la Sagesse.
Finalement, être sage, c'est regarder le monde comme un poète : savoir être sensible aux petits riens de la réalité, aux moindres sensations, à la beauté. C'est aussi, ensuite, être capable de le restituer dans un poème !

 

IV - LES FAUSSES PISTES

 Il ne fallait surtout pas :

Ne pas suivre le libellé des questions et partir dans des directions hors sujet.

2016 Copyright France-examen - Reproduction sur support électronique interdite