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La diversité des inégalités

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Il est demandé au candidat :
1.   de conduire le travail préparatoire qui fournit des éléments devant être utilisés dans la synthèse.
2.   de répondre à la question de synthèse :
-  par une argumentation assortie d'une réflexion critique, répondant à la problématique donnée dans l'intitulé,
-  en faisant appel à ses connaissances personnelles,
-  en composant une introduction, un développement, une conclusion pour une longueur de l'ordre de trois pages.

Ces deux parties sont d'égale importance pour la notation.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à Ia présentation.

STRATIFICATION SOCIALE ET INEGALITES

I - Travail préparatoire (10 points)

Vous répondrez à chacune des questions en une dizaine de lignes maximum.

1) Comment a évolué le niveau de vie dans l'ensemble de la population entre 1970 et 1999 ? (document 1) (1 point)

2) Comment le rapport inter-décile a-t-il évolué entre 1970 et 1999 ? (document 1) (1 point)

3) Expliquez la phrase soulignée. (document 2) (2 points)

4) Montrez la montée de l'instabilité de l'emploi pour les ménages entre 1982 et 1999. (document 3) (2points)

5) Le développement des emplois instables peut-il expliquer le renforcement des inégalités de revenu et de patrimoine ? (documents 2 et 3) (2 points)

6) A partir du document 4 montrez l'enchaînement entre les différentes inégalités présentées. (2 points)

II - Question de synthèse (10 points)

Après avoir caractérisé les inégalités économiques, vous montrerez que d'autres inégalités en constituent un facteur aggravant.

Document 1 :

Document 2 :

Les inégalités de patrimoine sont donc plus élevées que les inégalités de niveaux de vie, le ratio D9/médiane étant de 3 à 4 pour les patrimoines (au sein d'une génération donnée) contre 1,8 pour les niveaux de vie. A ceci deux explications.
Tout d'abord les inégalités de revenus conduisent à des inégalités plus importantes en termes d'épargne. L'épargne est en effet un luxe, au sens de la théorie microéconomique du consommateur : le taux d'épargne augmente avec le revenu. II passe de 5% environ pour les employés et ouvriers à 20% environ pour les cadres. Plus précisément, l'élasticité de l'épargne par rapport au revenu a été estimée à 1,4. (...). Les écarts de richesses sont encore amplifiés par les performances différenciées des placements : les placements financiers des plus riches, orientés vers les actions, rapportent plus sur le long terme que les placements des petits épargnants, tournés vers les livrets et autres liquidités.
Par ailleurs, à âge et à revenu égal, la dispersion des richesses reste élevée compte tenu de l'histoire personnelle de chacun. De multiples facteurs interviennent : le patrimoine transmis (héritages, donations, aides de la famille) ; le statut professionnel (les travailleurs indépendants possèdent plus de patrimoine que les salariés).

Source : Jean-Michel Hourriez, "Les inégalités de revenus et de patrimoine", Les Cahiers Français, n°314, mai - juin 2003.

Document 3 :

Répartition de l'ensemble des ménages selon le nombre d'emplois stables à temps plein en %

 

1982

1989

1999

Aucun emploi stable à temps plein,

dont :

-   aucun emploi
-   1 emploi à temps partiel
-   1 emploi instable temps plein

10,4

 

6,8
2,8
0,8

14,4

 

8,3
3,7
2,4

21,4

 

11,0
6,5
3,9

1 emploi stable à temps plein

56,8

55,7

53,5

2 emplois stables à temps plein

32,8

29,8

25,0

Note : Les étudiants et retraités sont hors champ, et seule la personne de référence et son conjoint éventuel sont pris en compte dans le décompte des emplois.
Les emplois stables comprennent les contrats à durée indéterminée et les emplois indépendants. Les emplois instables correspondent aux formes particulières d'emploi (contrat a durée déterminée, intérim, stages, apprentissage, contrats aidés).

Source : Jean-Michel Hourriez, Valérie Roux, Vue d'ensemble des inégalités économiques, INSEE, décembre 2001.

Document 4 :

Inégalités entre enfants devant la formation initiale : plus du tiers des enfants appartenant aux 20% des familles les plus pauvres redoublent dans le primaire, soit un taux d'échec trois fois plus élevé que celui des enfants des 20% de familles les plus riches. Plus tard, au collège, deux tiers des adolescents des familles parmi les 20% les plus pauvres sont en échec scolaire contre une toute petite minorité des adolescents des 20% de familles les plus riches. Au fil de la scolarité et dès le plus jeune âge, des inégalités considérables se creusent ainsi entre les enfants les plus pauvres et les autres. Point clef, une grande partie des difficultés des enfants des familles pauvres trouvent leur origine dans les mauvaises conditions de logement et la ségrégation urbaine dont ils souffrent. Aujourd'hui encore, un adolescent sur cinq vit dans un logement surpeuplé (au moins 2 enfants par chambre) et le surpeuplement - à origine sociale égale - augmente d'environ 50% le risque d'échec à l'école.

Source : Eric Maurin, "La métamorphose du salariat", Sciences Humaines, n° 136, Mars 2003.

Fleche sous titre EditoCorrigé

I - L'ANALYSE DU SUJET

Le sujet porte sur les inégalités socio-économiques. Il correspond au thème du programme intitulé "Stratification et inégalités".
Les documents, un peu techniques, permettent de repérer les principales inégalités et aident ainsi à mobiliser les connaissances utiles. On peut privilégier le cas de la France contemporaine dans la question de synthèse.
Sans se limiter à un catalogue, on attend des candidats une mise en relation des principales inégalités dont il faut montrer le cumul et les renforcements réciproques.

II - LE TRAVAIL PREPARATOIRE

Question 1 :

Le niveau de vie d'un ménage correspond à la quantité de biens et de services qu'il peut acquérir et consommer grâce à ses revenus. Le niveau de vie, ou le pouvoir d'achat des ménages dépend donc de leurs revenus, du niveau et de la variation des prix, ainsi que de la composition familiale.
C'est pourquoi la variation du niveau de vie est évaluée en mesurant l'évolution des revenus par unité de consommation et en Euros constants (pour tenir compte de l'inflation).
Le niveau de vie moyen des ménages français a augmenté d'environ 50 % de 1970 à 1999, passant d'un peu moins de 800 Euros (constants, 1999) par unité de consommation à un peu plus de 1200 Euros. Le niveau de vie médian (qui partage la population en deux : 50 % a un niveau de vie supérieur et 50 % un niveau de vie inférieur) a, lui, presque doublé (passant d'un peu plus de 600 Euros à un peu plus de 1100 Euros).
Cette augmentation du niveau de vie a vu son rythme ralentir depuis 1979, mais si la hausse a été presque stoppée entre 1979 et 1984, elle a repris depuis.
La persistance de l'écart entre la moyenne et la médiane indique que les très hauts revenus restent très éloignés de la masse des autres revenus.

Question 2 :

Le rapport inter-décile est le rapport entre le revenu au-dessus duquel se situent les 10 % de ménages les plus riches (D9) et le revenu du dixième le plus pauvre (D1). Ce rapport qui mesure l'inégalité de revenu maximum a diminué de plus de 30 % entre 1970 et 1999 passant de 4,8 à 3,3.
Cette réduction du rapport inter-décile s'est essentiellement produite de 1979 à 1984 passant de 4,8 à 3,5 (- 27 %). Depuis, il n'a que très peu baissé.

Question 3 :

Les inégalités de revenus constatées mois après mois produisent des effets cumulatifs dans la durée compte tenu des inégalités qu'elles engendrent en terme d'épargne. En effet, plus les revenus sont faibles, moins les ménages ont des capacités d'épargne puisque la totalité ou la quasi-totalité est immédiatement dépensée pour subvenir aux besoins en consommant.
Pour pouvoir épargner, il faut d'abord pouvoir faire face aux dépenses quotidiennes jugées indispensables. De nombreux économistes et statisticiens ont montré que la propension à épargner (mesurée par le rapport épargne/revenu disponible) augmentait avec le revenu. Le document le confirme en estimant à 5% le taux d'épargne des ouvriers et employés et à 20 % celui des cadres. L'élasticité positive de l'épargne par rapport au revenu (estimée aujourd'hui en France à 1,4) le vérifie aussi.
Or, l'épargne qui peut être thésaurisée (mise de côté pour servir en cas de besoin) est aussi investie ou placée. Investie (notamment dans l'immobilier dans le cas des ménages) ou placée, l'épargne permet d'accroître le patrimoine et les revenus. Elle creuse donc les écarts entre les ménages aux revenus les plus élevés et les autres. D'autant qu'en matière de placement, plus le capital est élevé et plus la durée est longue, plus la rentabilité est élevée. Les inégalités de revenu font donc "boules de neige" du fait des inégalités d'épargne qu'ils produisent.

Question 4 :

Les trois parties du tableau font apparaître :
- un doublement de la part des ménages dans lesquels aucun des membres n'occupe un emploi stable (CDI ou emploi indépendant) à plein temps : ils sont 21,4 % en 1999 contre 10,4 % en 1982,
- une légère diminution (53,5 % contre 56,8) de la part des ménages où l'un des membres occupe un emploi stable à temps plein,
- une forte baisse de la proportion des ménages dont les deux adultes occupent un emploi stable à plein temps : leur part passe de 32,8 % à 25 %.
La montée du chômage (il y a 11 % des ménages où l'on ne compte aucun titulaire d'emploi en 1999 contre 6,8 en 1982) et le développement des emplois instables, ou encore précaires (CDD, mission d'intérim, stages, contrats aidés) et du temps partiel (dont le poids est désormais très élevé chez les femmes salariées) ont abouti à ce que les trois-quarts des ménages sont touchés à un degré ou un autre par l'instabilité de l'emploi, en 1999. On mesure là combien on s'est éloigné de l'ancien emploi typique de la période fordiste.

Question 5 :

La montée des emplois instables dont témoigne le document 3 entraîne une instabilité et une faiblesse des revenus du travail pour les ménages concernés. Cela creuse les inégalités avec les autres ménages. Les liens entre revenus et épargne que met en lumière le document 2 conduisent à un accroissement des inégalités d'accès au patrimoine et aux revenus du capital.
Dans notre société salariale où l'emploi constitue la principale source de revenu, les inégalités au regard de l'accès à l'emploi et de la stabilisation professionnelle renforcent donc les inégalités économiques.

Question 6 :

Le document 4 met en évidence le phénomène de reproduction des inégalités, notamment à l'école. Or les inégalités de réussite scolaire, fortement corrélées à l'origine sociale, ont des effets en matière de qualification, de productivité et d'accès aux emplois. Comme on a vu précédemment, la situation socio-professionnelle a, des conséquences en matière d'inégalités de revenus et de patrimoine. On voit ainsi de fortes relations entre les inégalités socio-culturelles, socio-professionnelles et économiques qui se cumulent et se renforcent mutuellement.

III - UN TRAITEMENT POSSIBLE DE LA QUESTION DE SYNTHESE

INTRODUCTION

Inégalités de revenus, écarts de richesse, "nouvelle pauvreté", fracture numérique... autant d'expressions en vogue ces dernières années qui montrent que la "question sociale" et la réduction des inégalités sont revenues au premier plan dans nos sociétés post-industrielles.
Si l'égalité juridique, l'égalité des droits sont solidement implantées dans un pays comme la France, cela n'empêche ni l'existence, ni même le creusement d'inégalités de fait en matière économique et sociale. Qu'ils concernent les revenus, le patrimoine, la réussite scolaire, l'accès à l'emploi ou la stabilité professionnelle, des écarts subsistent et tendent à cumuler leurs effets.
Nous analyserons dans un premier temps la nature et les effets des inégalités économiques avant de décrire les autres inégalités et de montrer en quoi elles se renforcent dans un second temps.

A - LES INEGALITES ECONOMIQUES

Portant sur les revenus et les patrimoines, les inégalités économiques se traduisent par des inégalités en matière de pouvoir d'achat et de mode de vie.

Liées à la création des richesses et à la répartition primaire de la valeur ajoutée, les inégalités de revenus du travail se cumulent avec les différences de revenus du capital et les écarts de patrimoine. Ces différentes inégalités génèrent des niveaux et des modes de vie hétérogènes que corrige plus ou moins le distribution.

1) Les inégalités de revenus se traduisent par des écarts de niveau de vie qui restent significatifs

- Les écarts de revenus naissent des inégalités des revenus primaires (revenus du travail et revenus du capital). Ils sont liés à des différences de profession, de qualification, de productivité et de carrière en ce qui concerne les revenus du travail. Ils tiennent aux écarts de patrimoine pour les revenus du capital. Ces inégalités de revenus primaires sont aussi reliées aux rapports de force sociaux qui déterminent en partie les modalités de répartition de la valeur ajoutée (notamment entre salaires et profits).
- Les inégalités de revenus primaires sont plus ou moins fortement corrigées et réduites par la redistribution, donc la répartition des revenus sociaux (allocations familiales, pensions de retraite, indemnités de chômage, RMA...).

- Les deux mécanismes de répartition des revenus (répartition primaire et redistribution) ont abouti à réduire les inégalités de niveau de vie (accès à la consommation) des ménages français depuis une trentaine d'années, mais ce rattrapage s'est nettement ralenti depuis le milieu des années 80' (cf. Document 1)

- Les inégalités de revenus génèrent des écarts de consommation et de satisfaction des besoins qui restent importants et mal ressentis par ceux qui sont au bas de l'échelle. Ces inégalités recouvrent des différences de statut, de sexe, de nationalité, ou de lieu de résidence...

- Les inégalités de revenus se traduisent aussi par des capacités d'épargne très différentes qui viennent renforcer ces écarts de patrimoine (Document 2).

2) Les inégalités de patrimoine liées aux différences d'héritage et de capacité d'épargne, sont plus accentuées que les inégalités de revenus dont elles accroissent les effets

- Le patrimoine comprend différents biens : biens immobiliers (logement principal, résidences secondaires, logement à loyer), biens plus ou moins valorisés (meubles, objets d'art...), du capital financier (placements, titres...) et des liquidités (argent disponible).

- Le niveau du patrimoine dépend à la fois de ce que transmet la famille (dans l'héritage) et de ce que chacun peut acquérir à partir de son revenu et son épargne. Ces inégalités sont donc cumulatives.

- Le patrimoine permet à la fois de consommer, de profiter d'opportunités (pour passer ses vacances par exemple), d'investir, de placer, donc d'accroître ses revenus et son capital. Les inégalités de patrimoine qui sont plus élevées que les inégalités de revenus (cf. doc. 2) ont des effets d'amplification des écarts : un ménage qui place plus et plus longtemps accroîtra son différentiel de revenus et de richesse avec les autres.

B - LES INEGALITES SOCIALES

Portant atteinte à l'égalité des droits et des chances, les diverses inégalités sociales constituent un facteur aggravant les inégalités de revenus et de patrimoine.

1) L'inégalité en matière de réussite scolaire est l'une des principales inégalités socio-culturelles corrélées avec les inégalités économiques.

- Liés aux dotation en capitaux économiques, sociaux et culturels (décrits par P. Bourdieu), les écarts de réussite scolaire sont très fortement corrélés avec l'origine sociale des enfants et donc la situation économique de leurs parents (cf. doc.4). Même si tous les sociologues n'expliquent pas de la même façon cette relation statistique, tous (Boudon et Bourdieu notamment) font ce même constat.

- Ces inégalités visibles dès l'école se creusent au collège, au lycée et au-delà. Liés aux conditions de vie (logement), aux aides familiales possibles, ces différences prolongent leurs effets en matière de qualification professionnelle et d'accès à l'emploi. On retrouvera donc ces inégalités face aux revenus et à la capacité d'épargne.

- Si l'école est une institution permettant d'intégrer toute la population à la société, sa capacité à résorber les inégalités liées à la naissance a des limites, d'où le recours à des politiques de discrimination positive (comme les ZEP)

- Les inégalités scolaires apparaissent donc aujourd'hui comme une source de maintien voire de creusement des inégalités économiques qui heurtent le principe d'équité affiché dans les sociétés démocratiques.

Le contexte de crise de l'emploi semble accroître ce rôle inégalitaire de l'école.

2) Les inégalités en matière d'emploi aggravent les inégalités économiques à l'heure du chômage massif et de la forte instabilité des postes de travail.

- Depuis vingt ans, l'instabilité professionnelle s'est fortement accrue avec la montée des emplois précaire (CDD, intérim, stages, contrats aidés) et du temps partiel (cf. doc.3). Seul un quart des ménages comprend deux adultes en CDI à temps plein, ou dans une situation comparable.

- Les revenus stables (voire croissants) se sont donc raréfiés dans un salariat fragilisé en outre par un chômage massif persistant ( notamment en France). Des millions de salariés notamment jeunes et qualifiés ont donc un revenu à la fois faible et instable limitant leur niveau de vie comme leur capacité à constituer un patrimoine.

- Par ailleurs, les revenus du capital croissent et les détenteurs de revenus salariaux stables vivent des situations bien plus confortables.

- Enfin, la difficulté à s'insérer dans l'emploi stable et à faire carrière limitent la mobilité sociale ascendante qui pourrait atténuer le poids du milieu d'origine.

CONCLUSION

Les données chiffrées montrent qu'à moyen et long termes, les différentes inégalités ont plutôt tendance à se réduire, donnant ainsi raison au pronostic de Tocqueville.
La période actuelle rappelle pourtant le caractère cumulatif des inégalités économiques et sociales comme Marx l'avait exposé dans son analyse critique des sociétés industrielles.
A l'heure de la mondialisation, qui crée de vastes réseaux, les sociétés démocratiques ont à répondre au défi que constituent les inégalités persistantes qui risquent de miner leur cohésion.


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