I - L'ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU TEXTE
Ce texte de Locke traite de la notion de
travail, plus précisément des rapports entre le
travail et la
propriété.
C'est un texte classique qui ne présente pas de difficultés particulières. Vous devez simplement être attentif au mouvement de l'argumentation qui permet à Locke d'établir sa thèse concernant les rapports entre
travail et
propriété.
Le recours abondant aux exemples sur lesquels repose l'analyse rend la compréhension du texte assez aisée.
II - L'IDEE PRINCIPALE DU TEXTE
La thèse défendue par Locke est simple : c'est le travail qui fonde et justifie la propriété. C'est en
transformant les produits que la Nature met à sa disposition que l'homme en devient le
propriétaire.
Ce texte répond ainsi à une question :
sur quoi repose la propriété privée ? Comment ce qui est d'abord à la disposition de tous devient-il la propriété d'un seul ?
L'enjeu du texte est de fixer des limites à la propriété : si en effet, l'homme n'est propriétaire que de ce qu'il a d'abord transformé grâce à son travail, il ne peut prétendre étendre sa propriété au-delà de ce travail.
III - LES NOTIONS-CLES DU TEXTE
Ce sont les deux notions de
travail et de
propriété qui sont au centre de cet extrait.
Le travail est ici envisagé comme cette activité par laquelle l'homme s'approprie ou transforme la nature. En travaillant la nature, l'homme la modifie
et s'en empare.
La propriété désigne ici l'acte par lequel les choses naturelles, communes à tous, sont l'objet d'une appropriation par un seul en vertu du travail qu'il effectue sur ce donné naturel.
Le texte repose ainsi sur un réseau d'oppositions :
- la nature à l'état brut/la nature transformée par le travail
- ce qui est commun à tous/ce qui est la propriété d'un seul
- le fait/le droit
IV - LA STRUCTURE DU TEXTE
Le mouvement de l'argumentation est simple :
A. Locke part d'abord d'un constat que personne ne peut mettre en doute : celui qui s'empare des fruits de la nature (par la cueillette ou la récolte) en devient le propriétaire.
B. Il pose ensuite une question concernant ce qui définit le
début de cette appropriation : quelle est la transformation qui rend cette possession effective ?
Locke distingue ici ce qui relève d'une transformation naturelle comme la digestion (qui opère selon les processus mêmes de la nature), d'une transformation qui suppose la médiation de l'activité humaine, autrement dit, d'un travail.
Et parmi ces activités qui relèvent du travail, il distingue la cueillette des activités qui transforment le produit (par exemple, les faire bouillir).
Il montre ainsi que c'est le fait de s'emparer des produits de la nature qui marque le passage d'un moment où ce qui est à disposition appartient à tout le monde à un moment où l'homme se rend propriétaire d'un bien naturel par son travail.
C'est donc le travail qui transforme le statut des choses naturelles : de communes, elles deviennent ainsi la propriété des individus qui les ont recueillies.
C. Locke répond ensuite à une
objection qui pourrait être opposée à sa thèse.
Quelle est cette objection ? Elle consiste à affirmer contre Locke que ce n'est pas le travail qui peut justifier la propriété mais qu'il faut,
en outre, que l'humanité donne son accord pour cette appropriation. Il faudrait, selon cette objection, qu'il y ait eu, au préalable, un consentement universel autorisant chacun à s'emparer des biens de la nature.
Locke montre l'absurdité de cette position : un tel consentement suppose de différer le moment de la consommation des biens naturels nécessaires à la survie ; il met donc en danger l'existence même des hommes. Cette position n'est pas recevable : elle se dissout elle-même.
D. Une fois qu'il a répondu à cette objection, Locke peut donc reprendre sa thèse pour conclure et montrer que c'est bien le travail de chacun qui fonde sa propriété sur les choses.
La conclusion, qui porte d'abord sur quelques exemples, procède ensuite à la généralisation de la thèse.
V - LES PISTES DE DEVELOPPEMENT
Vous pouviez questionner, à la lumière du texte de Locke, la
valeur du travail. En fondant la propriété sur le travail, Locke en affirme la valeur. Vous pouviez prolonger cette question et montrer, par exemple, que cette valeur tient aussi à la façon dont le travail, en même temps qu'il permet de transformer la nature, transforme l'homme et l'humanise.
Vous pouviez aussi prolonger la thèse de Locke par les analyses de Rousseau, qui distingue la simple possession (appropriation des biens de la nature) de la propriété reconnue par le droit.