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Annales gratuites Bac 1ère STI : Destinataire et registre

Le sujet  2003 - Bac 1ère STI - Français - Questions Imprimer le sujet
LE SUJET

1) A qui le poète s'adresse-t-il dans ces textes ? Quel lien instaure-t-il avec ce destinataire ?
La réponse à cette question doit être rédigée mais brève, de l'ordre d'une demi-page, une page maximum.

2) Quel est le registre dominant de ce corpus ? Justifiez votre réponse.
La réponse à cette question doit être rédigée mais brève, de l'ordre d'une demi-page, une page maximum.

 

Texte A : Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ceux que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nush(1) invisible et plus dure
Que la soif et la faim à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Sources des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence.

Paul Eluard, Le Temps déborde, 1947.

(1) Eluard l'épousa en 1934 ; sa mort, en 1946, le bouleversa.

 

Texte B

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

3 septembre 1847(1).

Victor Hugo, Pauca Meae(2), Les Contemplations, 1856.

(1) veille du douloureux anniversaire de la mort de Léopoldine, fille aînée de Hugo, décédée accidentellement le 4 septembre 1843.
(2) titre latin (signifiant "quelques vers pour ma fille") donné par Victor Hugo à une partie du recueil.

 

Texte C

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose ;

La grâce dans sa feuille et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur ;
Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur(1),
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose(2).

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque(3) t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques(4) reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif(5) et mort ton corps ne soit que roses.

Pierre de Ronsard, Sur la mort de Marie, sonnet CVIII (1578),
Le Second Livre des Amours.

(1) chaleur.
(2) ouverte.
(3) divinité qui, dans la mythologie grecque, coupait le fil de la vie.
(4) offrandes mortuaires.
(5) vivant.

LE CORRIGÉ

I - LA FICHE SIGNALETIQUE

Deux questions qui ont pour fonction de mesurer la compréhension des textes et de vérifier quelques connaissances acquises, sur la notion de destinataire et sur celle de registre.

1) La première question est plutôt analytique : "A qui le poète s'adresse-t-il ?" est une simple question d'identification qui vérifie la bonne lecture des textes.

"Quel lien instaure-t-il ?" est une question plus difficile qui exige qu'on analyse les modalités de la relation écrivain-lecteur.

2) "Quel est le registre dominant de ce corpus" est une question de synthèse qui oblige à comparer les textes pour dégager "le registre dominant" dans les textes, c'est-à-dire non pas l'unique registre mais le registre le plus utilisé.

II - LES REACTIONS A CHAUD DU PROFESSEUR

Les connaissances exigées étaient relativement simples, car elles faisaient appel non seulement à des notions de base, que tout élève est censé avoir vues depuis le collège, mais aussi à quelques réflexes de lecture à la portée de tout élève de bonne volonté. Il n'y avait donc aucun piège.

Toutefois on peut regretter que l'auteur du sujet n'ait pas plutôt choisi de préciser le mot "registre" en spécifiant "le registre ou la tonalité", plutôt que celui de "registre" tout court que certains élèves risquaient de confondre avec "registre de langue" (familier, courant, soigné...).

III - LES QUESTIONS

1) Chacun des poètes s'adresse à une femme qui est morte :

  • Paul Eluard à sa femme Nush morte en 1946, 12 ans après leur mariage, comme la note le précise.
  • Victor Hugo à sa fille Léopoldine morte noyée par accident en 1843, comme l'indique la note.
  • Pierre de Ronsard à Marie de Clèves, marquise d'Isle, comtesse de Beaufort, née en 1553, la cadette de trois filles de François de Clèves, duc de Nevers, et de Marguerite de Bourbon-Vendôme. Ce poème fut écrit après la mort de Marie à la demande d'Henri III qui l'aima éperdument en 1578. Ronsard se met donc à la place d'Henri III s'adressant à Marie.
  • Chacun des poèmes instaure un lien de proximité semblable, entre le poète et la femme. Il s'agit d'un amour si fort qu'il survit à la mort et qu'il a assombri le rapport à la vie du poète.

    Au-delà de la mort, celui-ci continue donc à aimer cette femme.

    Signalons que dans le cas de Hugo, la pérennité de l'amour va jusqu'à nier la mort de l'être aimé, puisque ce n'est qu'à la fin que l'on comprend que le poète s'adresse à une morte. Dans chaque poème, le poète continue de parler au destinataire, comme s'il était vivant.

    Dans les poèmes d'Hugo et de Ronsard, le poète offre un cadeau à la morte : "un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur" pour Hugo, "ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs" pour Ronsard.

    2) Le "registre", c'est-à-dire la "tonalité" :

    Le registre employé par l'auteur est manifestement celui de l'élégie.

    Le registre élégiaque est donc caractéristique des poèmes lyriques fondés sur le thème du malheur et la plupart du temps de l'amour malheureux.

    La nostalgie et la mélancolie sont donc des thèmes propres au ton élégiaque.

    Chacun des poètes regrette la disparition de l'être aimé.

    a) Eluard évoque "notre vie... ensevelie". Il a le sentiment d'être mort lui aussi : "mon passé se dissout je fais place au silence".

    Hugo insiste sur le lien indissoluble avec sa fille "je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps".

    Ronsard pleure sur la mort de Marie : "reçois mes larmes et mes pleurs".

    b) Autre caractéristique du ton lyrique et élégiaque : chacun des poèmes fait participer la nature à ce deuil. Avec la mort de l'aimée, c'est la nature elle-même, l'univers qui semble se perdre.

    Pour Eluard, c'est le thème de l'hiver, symbole de la mort de la nature : "masque de neige sur la terre et sous la terre".

    Pour Hugo, la mort de la jeune fille est comparable à la fin du jour "l'or du soir qui tombe".

    Pour Ronsard, Marie est "la rose, au mois de mai, la rose / En sa belle jeunesse" qui "meurt feuille à feuille déclose".

    IV - LES FAUSSES PISTES

    La seule confusion possible était celle sur la notion de registre, qui se trouve employé conformément à la terminologie officielle, mais que certains professeurs n'ont pas toujours pris soin d'employer.

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