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Annales gratuites Bac 1ère STI : Fonction des monologues

Le sujet  2009 - Bac 1ère STI - Français - Questions Imprimer le sujet
Avis du professeur :

Le sujet porte sur l'écriture du monologue et sur son utilité.
Les questions sont originales mais sans difficultés.
LE SUJET


(6 points)
1.
A qui s'adressent les personnages dans les différents monologues du corpus ? (3 points)
2. A quoi servent, selon vous, les monologues proposés ? (3 points)



Texte A

George Dandin, riche paysan qui a épousé la noble Angélique, paraît seul sur scène.

Acte I, Scène I

George Dandin.

 1   Ah ! qu'une femme demoiselle(1) est une étrange affaire ! et que mon mariage est
     une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur
     condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse,
     de soi(2), est bonne ; c'est une chose considérable, assurément : mais elle est
 5   accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y
     point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connais le style
     des nobles, lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance
     qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent ; et
     j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche
10  paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense
     de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la
     qualité de son mari. George Dandin ! George Dandin ! vous avez fait une sottise,
     la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant, et je n'y rentre
     point sans y trouver quelque chagrin.

Molière, George Dandin ou Le Mari confondu, 1668.


(1) Femme demoiselle : jeune fille ou femme née de parents nobles.
(2) De soi : en soi, en elle-même. La noblesse en elle-même est bonne.



Texte B

Le valet Comte Almaviva, Figaro, doit épouser Suzanne, servante de la Comtesse. Il apprend que le Comte n'a pas renoncé au "droit de cuissage", ancienne coutume qui permet au maître de passer la nuit de noces avec la mariée. Figaro se plaint de son sort et de Suzanne qui va, d'après lui, céder au Comte à qui elle a donné un rendez-vous secret.

Acte V, Scène III

Figaro, seul, se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre.

1  O femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante !... nul animal créé ne peut
     manquer à son instinct ; le tien est-il donc de tromper ?... Après m'avoir obstinément
     refusé quand je l'en pressais devant sa maîtresse
(1), à l'instant qu'elle me donne sa
     parole, au milieu même de la cérémonie
(2).... Il riait en lisant(3), le perfide ! et moi comme
 5   un benêt... non, Monsieur le Comte, vous ne l'aurez pas... vous ne l'aurez pas. Parce
     que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... noblesse,
     fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de
     biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme
     assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu
10  déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis
     depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes
(4) ; et vous voulez jouter(5)... On
     vient... c'est elle... ce n'est personne. - La nuit est noire en diable, et me voilà faisant
     le sot métier de mari quoique je ne le sois qu'à moitié ! (
Il s'assied sur un banc.) - Est-
     il rien de plus bizarre que ma destinée ? [...]

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais,

La Folle journée ou Le Mariage de Figaro, 1784.

(1) Sa maîtresse : la Comtesse.
(2) La cérémonie : fête en l'honneur du mariage de Suzanne et Figaro.
(3) II riait en lisant : Figaro pense que le comte a reçu un message de Suzanne.
(4) Les Espagnes : désigne l'Espagne et les territoires conquis depuis Christophe Colomb.
(5) Jouter : se battre.



Texte C

Perdican est amoureux de sa cousine Camille, qu'il doit épouser. Mais elle repousse son amour car elle a décidé d'entrer au couvent. Les deux jeunes gens ont eu une discussion animée. Seul sur scène, Perdican s'interroge.

Acte III, Scène I
Devant le château.

Perdican.

1   Je voudrais bien savoir si je suis amoureux. D'un côté, cette manière d'interroger est
     tant soit peu cavalière
(1), pour une fille de dix-huit ans ; d'un autre, les idées que ces
     nonnes
(2) lui ont fourrées dans la tête auront de la peine à se corriger. De plus, elle
     doit partir aujourd'hui. Diable, je l'aime, cela est sûr. Après tout, qui sait ? peut-être
 5  elle répétait une leçon, et d'ailleurs il est clair qu'elle ne se soucie pas de moi. D'une
     autre part, elle a beau être jolie, cela n'empêche pas qu'elle n'ait des manières
     beaucoup trop décidées et un ton trop brusque. Je n'ai qu'à n'y plus penser ; il est
     clair que je ne l'aime pas. Cela est certain qu'elle est jolie ; mais pourquoi cette
     conversation d'hier ne veut-elle pas me sortir de la tête ? En vérité, j'ai passé la nuit
10  à radoter. Où vais-je donc ? - Ah ! je vais au village.

Il sort.

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, 1834.

(1) Cavalière : osée, impertinente.
(2) Nonnes : religieuses qui vivent dans un couvent. Ce sont elles qui ont assuré l'éducation de Camille.



Texte D

Un bal est donné au château du Baron de Z... Les invités viennent tour à tour se présenter sur scène. Le premier d'entre eux est Dubois-Dupont.

1  Dubois-Dupont, il est vêtu d'un "plaid" à pèlerine(1) et à grands carreaux et coiffé d'une casquette assortie "genre anglais". Il tient à la main une branche d'arbre en fleur.

Je me présente : je suis le détective privé Dubois. Surnommé Dupont, à cause de ma
     ressemblance avec le célèbre policier anglais Smith. Voici ma carte : Dubois-Dupont,
 5  homme de confiance et de méfiance. Trouve la clé des énigmes et des coffres-forts.
     Brouille les ménages ou les raccommode, à la demande. Prix modérés.
        Les raisons de ma présence ici sont mystérieuses autant que... mystérieuses... Mais
     vous les connaîtrez tout à l'heure. Je n'en dis pas plus. Je me tais. Motus.
        Qu'il me suffise de vous indiquer que nous nous trouvons, par un beau soir de
10  printemps (
Il montre la branche), dans le manoir(2) du baron de Z... Zède comme Zèbre,
     comme Zéphyr... (
Il rit bêtement.) Mais chut ! Cela pourrait vous mettre sur la voie.
        Comme vous pouvez l'entendre, le baron et sa charmante épouse donnent, ce soir,
      un bal somptueux. La fête bat son plein. Il y a foule au manoir.

On entend soudain la valse qui recommence, accompagnée de rires, de vivats, du bruit
15  des verres entrechoqués. Puis tout s'arrête brusquement.
        
Vous avez entendu ? C'est prodigieux ! Le bruit du bal s'arrête net quand je parle.
     Quand je me tais, il reprend.

Dès qu'il se tait, en effet, les bruits de bal recommencent, puis s'arrêtent
        Vous voyez ?...

20  Une bouffée de bruits de bal.
        Vous entendez ?...

Bruits de bal.
        Quand je me tais... (
Bruits de bal)... ça recommence quand je commence, cela se tait.
     C'est merveilleux ! Mais, assez causé ! Je suis là pour accomplir une mission périlleuse.
25  Quelqu'un sait qui je suis. Tous les autres ignorent mon identité. J'ai tellement
     d'identités différentes ! C'est-à-dire que l'on me prend pour ce que je ne suis pas.
        Le crime - car il y aura un crime - n'est pas encore consommé. Et pourtant, chose
     étrange, moi le détective, me voici déjà sur les lieux mêmes où il doit être perpétré !...
     Pourquoi ? Vous le saurez plus tard.
30  Je vais disparaître un instant, pour me mêler incognito
(3) à la foule étincelante des
     invités. Que de pierreries ! Que de bougies ! Que de satins I Que de chignons ! Mais on
     vient !... Chut !... Je m'éclipse. Ni vu ni connu !

Il sort, par la droite, sur la pointe des pieds, un doigt sur les lèvres.

Jean Tardieu, "Il y avait foule au manoir", in La Comédie du langage, 1987

(1) Plaid à pèlerine : ample manteau orné d'une cape.
(2) Manoir : petit château à la campagne.
(3) Incognito : anonymat, en secret.



LE CORRIGÉ


Question 1 :

I - L'ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET

Sujet

Contraintes

A qui s'adressent les personnages …

► il s'agit d'identifier les interlocuteurs des personnages. Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue l'objet d'étude.

… dans les différents monologues du corpus ?

► il faut faire un sort à chacun des textes. Surtout la question donne une information cruciale : les textes sont des monologues.



II - LES DIFFERENTS TYPES DE PLANS POSSIBLES

La réponse aura intérêt à définir au préalable le lien entre la forme du monologue et la question. L'analyse du corpus peut ensuite suivre plusieurs plans.

Un plan analytique : il s'agit de répondre en étudiant successivement les textes du corpus.

1. Molière,
2. Beaumarchais,
3. Musset,
4. Tardieu.

Ce plan n'est pas le plus efficace, mais il est possible.

Par un plan dialectique, c’est celui que nous proposons :

1. Le personnage dans un monologue s'adresse à lui-même ;
2. Mais il peut aussi imiter la structure d'un dialogue avec un personnage absent ;
3. Enfin le plus souvent le monologue est une adresse au public.


III - LES PISTES DE REPONSES

Le plan choisi, et qui nous a semblé le plus simple, est de type dialectique. Il consiste à :

1. Définir la pertinence de la question ;
2. Montrer que dans les textes du corpus, le personnage s'adresse à lui-même ;
3. Identifier dans certains textes que le personnage s'adresse à d'autres personnages ;
4. Isoler les textes qui prennent en compte le public.

PREMIERE PARTIE

Le monologue est un artifice théâtral qui consiste à faire parler un personnage seul en scène.

Transition

Le plus souvent, le personnage qui monologue s'adresse à lui-même pour résoudre un problème auquel il est confronté. Il correspond à ce qui dans le réel serait un monologue intérieur.

DEUXIEME PARTIE

Georges Dandin, Figaro et Perdican s'interrogent tous trois sur l'attitude à tenir face à leur épouse ou à leur future épouse. L'emploi des marques de la première personne dans ces trois textes indiquent qu'ils se parlent. Georges Dandin va même jusqu'à se nommer lui-même, comme s’il se dédoublait.

Transition

Mais le monologue prend parfois la forme d'un faux dialogue avec un autre personnage de la pièce, absent à ce moment-là.

TROISIEME PARTIE

Figaro apostrophe son épouse au début du monologue, puis il s'en prend au Comte. Il s'adresse à lui comme s'il était présent puisqu'il emploie le pronom "vous" pour le désigner : "non, Monsieur le Comte, vous ne l'aurez pas…"

Transition

Enfin, le monologue peut aussi s'adresser au spectateur.

QUATRIEME PARTIE

Le monologue use parfois de procédés indirects pour faire comprendre au public que les paroles formulées par le personnage seul en scène le concernent : Georges Dandin ne parle pas que de lui, mais élargit le propos en disant "nous autres", c'est-à-dire, parmi les spectateurs, les autres hommes qui connaissent le même problème que lui. C'est surtout le texte de Tardieu qui utilise des procédés très directs d'adresse au public, comme l'indique la première phrase "Je me présente". Il imite une conversation entre un nouvel arrivant devant une assemblée. De plus, il dialogue véritablement avec eux par l'emploi du pronom personnel "vous" à plusieurs reprises.

Conclusion

Le corpus offre donc une image des divers interlocuteurs que peut convoquer la forme du monologue théâtral.


IV - LES FAUSSES PISTES

Il ne fallait pas :

● Perdre de vue que la question demande des repérages clairs et précis concernant les interlocuteurs ;
Anticiper sur l'autre question.



Question 2 :

I - L'ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET

Sujet

Contraintes

A quoi servent […] les monologues proposés ?

► Vous devez définir pour les textes leurs utilités. Il faut donc identifier leurs fonctions.

selon vous,

► Le travail appelle une interprétation personnelle et argumentée.



II - LES DIFFERENTS TYPES DE PLANS POSSIBLES

L'analyse du corpus peut suivre plusieurs plans.

Un plan analytique : il s'agit de répondre en étudiant successivement les textes du corpus.

1) Molière
2) Beaumarchais
3) Musset
4) Tardieu

Ce plan n'est pas le plus efficace mais il est possible.

Par un autre plan analytique, c’est celui que nous proposons : il faut alors identifier les fonctions possibles du monologue et renvoyer aux différents textes pour montrer qu'ils illustrent les fonctions identifiées.

1) le monologue permet de peindre l'état d'esprit des personnages ;
2) le monologue met en évidence les enjeux de l'action ;
3) le monologue donne à réfléchir au public ;
4) le monologue joue avec les règles du théâtre.


III - LES PISTES DE REPONSES

Le plan choisi, et qui nous a semblé le plus simple, est de type analytique. Il consiste à :

1) étudier l'écriture du monologue pour identifier les sentiments du personnage ;
2) voir comment le monologue interrompt l'action afin de révéler un de ses enjeux ;
3) montrer par quels procédés le monologue s'adresse au public ;
4) analyser comment ce type de scène joue avec les conventions du théâtre.


PREMIERE PARTIE

Dans le monologue, le personnage exprime les sentiments qu'il ressent, afin d'informer le public sur son état d'esprit : ainsi Georges Dandin et Figaro s'exclament souvent ; Perdican se pose des questions car il ne sait pas quelle conduite adopter. Le monologue sert ainsi à présenter Dandin puisqu'il est aussi la scène d'exposition de la pièce. Pour Le Mariage de Figaro et On ne badine pas avec l'amour, le monologue souligne la crise que traversent les personnages.

Transition

Cette crise, clairement mise en scène par la parole monologique, souligne l'enjeu de la pièce.

DEUXIEME PARTIE

Si le personnage monologue, c'est qu'il est confronté à un dilemme. Le public comprend que l'objet de sa réflexion est un problème majeur de l'histoire : comment Dandin peut-il rendre heureuse son épouse qui est d'une condition plus élevée ? Figaro doit-il croire à la trahison de sa femme et de son maître ? Perdican peut-il faire confiance à Camille ? Dans ces trois cas, l'attention du spectateur est attirée sur le doute qui habite le personnage et qui par la suite va conditionner sa conduite. Le monologue suspend donc l'action, mais c'est pour mieux la relancer.

Transition

Souvent, le monologue, parce qu'il s'adresse indirectement au public, est le lieu de la satire.

TROISIEME PARTIE

Dans Georges Dandin, le personnage éponyme s'interroge sur les mésalliances à son époque et l'on peut imaginer que la pièce fera la critique des bourgeois qui veulent se faire gentilhommes comme des nobles qui se marient pour renflouer leur bourse. Dans Le Mariage de Figaro, Figaro apostrophe à travers le Comte tous les nobles. Et l'expression "Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus." illustre la portée révolutionnaire de cette œuvre.

Transition

Parce qu'il échappe à la convention du dialogue théâtral, le monologue est souvent le lieu d'un jeu.

QUATRIEME PARTIE

Le texte de Tardieu se distingue des trois autres parce qu'il s'amuse des règles du théâtre. Le monologue sert à présenter le personnage, la situation en tant qu'exposition, mais il le fait ouvertement, directement, sans passer par l'illusion théâtrale. Ce monologue sert donc à amuser le spectateur et à annoncer que la pièce sera originale.

Conclusion

Le monologue a donc plusieurs fonctions, illustrées ici par les textes du corpus. Il est à la fois un moyen d'informer le public et de le faire réfléchir et réagir.


IV - LES FAUSSES PISTES

Il ne fallait pas :

Se limiter à une seule fonction du monologue ;
● Négliger le texte de Tardieu sous prétexte qu'il se distingue des usages plus habituels du monologue.


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