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Annales gratuites Bac L : La figure de Chaka dans Ethiopiques

Le sujet  1999 - Bac L - Littérature - Question Imprimer le sujet
LE SUJET

Que représente la figure de Chaka dans Ethiopiques ?

LE CORRIGÉ

I - FICHE SIGNALETIQUE

La deuxième question est un peu plus difficile que la première, car le poème intitulé "Chaka" est l'un des plus longs et l'un des plus complexes du recueil Ethiopiques .

Mais c'est aussi l'un des poèmes les plus importants, dont la signification éclaire celle de l'oeuvre entière, et l'on peut légitimement s'attendre à ce que les candidats l'aient bien étudié au cours de l'année.

Pour traiter cette question, il faut avoir en mémoire le texte (p.118 à 133 du recueil) et connaître l'histoire de Chaka, qui mena la révolte des Zoulous contre les Bantous et fit l'objet, avant le poème de SENGHOR, de plusieurs adaptations littéraires.


II - REACTIONS A CHAUD DU PROFESSEUR

C'est un sujet dont le choix est incontestable : l'ensemble du recueil de SENGHOR ne prend tout son sens qu'avec la figure de Chaka.

C'est aussi un sujet relativement sélectif, dans la mesure où il fait appel à des connaissances très précises : il est impossible de le traiter en se contentant de remarques générales sur l'oeuvre.


III - CONNAISSANCES REQUISES

Le candidat doit avoir en tête la structure générale du recueil, au sein duquel "Chaka" occupe une place privilégiée : le poème est en effet placé au centre d' Ethiopiques , en conclusion de la première partie, dominée par le thème de l'Afrique, dont il constitue l'épilogue, tout en annonçant les thèmes lyriques
de la deuxième partie ("Epîtres à la Princesse").

Par ailleurs, il faut aussi se rappeler la composition très particulière de ce long poème : non seulement il est divisé en deux chants (le premier consacré au rôle de Chaka dans la révolte des Zoulous, le second à sa liaison avec Nolivé et à sa mort), mais, comme l'indique son sous-titre, c'est un "poème dramatique à plusieurs voix", mettant en scène, outre le personnage de Chaka, ceux de "La voix blanche" et du "Choeur" dirigé par "Le Coryphée".

Ce "poème dramatique" se présente comme une séquence imitée de la tragédie grecque (de même que le choeur et le coryphée sont empruntés aux tragiques, le thème principal, celui de la fatalité qui pèse sur Chaka et l'oblige à agir contre sa volonté, rappelle les pièces de SOPHOCLE).

Il faut donc connaître cet arrière-plan littéraire pour traiter le sujet.

En outre, comme le poème est dédié "Aux martyrs bantous de l'Afrique
du Sud", il faut connaître les positions de SENGHOR sur le colonialisme et le racisme.


IV - TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET

Après avoir assuré la victoire de son peuple sur les Bantous, Chaka, chef du peuple zoulou, mourut assassiné.

Ce héros guerrier, devenu une figure mythique, occupe une place centrale dans le recueil Ethiopiques , car SENGHOR en a fait un symbole de la Négritude.

Cependant, la figure de Chaka est complexe, et le dialogue en deux temps au cours duquel SENGHOR le met en scène montre en lui non seulement un chef politique et un héros épique, dont le destin se confond avec celui de son peuple, mais aussi un poète, dont la souffrance et le sacrifice atteignent une dimension universelle.

On traitera donc :
1 - La figure de Chaka comme symbole de l'émancipation des peuples noirs.
2 - La figure de Chaka comme symbole du pouvoir de la poésie.

1 - Dans le premier chant du poème, Chaka est accusé par "La voix blanche" de n'avoir été "qu'un boucher", "grand pourvoyeur des vautours et des hyènes".

Mais pour SENGHOR, la figure du guerrier sanguinaire est transcendée par la grandeur et par l'importance historique de son combat : c'est pourquoi il fait répondre à Chaka qu'"il n'est pas de paix sous l'oppression, de fraternité sans égalité".

SENGHOR justifie donc la violence émancipatrice et fait de Chaka, non sans anachronisme, un héros de la Négritude :

- Chaka voit en songe "Les forêts fauchées, les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers" et dénonce prophétiquement les crimes de la colonisation.

- Il décrit son peuple exploité, "Les bras fanés le ventre cave".

- Il évoque le commerce de dupes réalisé par les blancs aux dépens des noirs (épices, or et pierres précieuses échangés contre des "présents rouillés" et de "poudreuses verroteries"),
et devient le porte-parole de l'homme noir opprimé par l'homme blanc.

Cependant, l'action politique se fait au détriment de la création poétique, et Chaka indique que, pour servir son peuple, il a dû sacrifier une partie de lui-même, renoncer à la femme qu'il aimait et tuer en lui le poète.
Cette alternative vécue douloureusement par Chaka n'a aucune réalité historique et résulte de la transformation du personnage par SENGHOR, lui-même écartelé entre ses convictions politiques, assorties de pesantes responsabilités, et son désir de consacrer sa vie à son art.

2 - Or, le deuxième chant du poème apporte un début de solution à cette contradiction : au moment de mourir, Chaka, célébré par le Choeur du peuple zoulou, qui proclame "Gloire à Chaka" ("Bayété Bâba ! Bayété ô Zoulou !"), se réconcilie avec lui-même et avec le souvenir de Nolivé, la femme qu'il a aimée et sacrifiée.
Dès lors, la poésie et la politique ne s'opposent plus, et le Choeur peut proclamer : "Bien mort le politique, et vive le poète !".

En assumant pleinement sa double condition de nègre et de poète, réunie dans la figure du poète-griot, Chaka devient le modèle de SENGHOR lui-même ; préparant et annonçant une aurore nouvelle, il peut à bon droit s'écrier : "Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau !"

Tel est le message qu'adresse SENGHOR aux lecteurs d' Ethiopiques , à travers la figure de Chaka. Cette profession de foi, proclamant la supériorité de la poésie sur la politique, se teinte toutefois d'amertume, car c'est dans son dernier soupir, après une vie de souffrances, que Chaka peut parvenir à l'harmonie recherchée.


V - LES FAUSSES PISTES

Il n'y a pas de contresens possible sur le sujet, qui ne pose aucun problème de compréhension. La seule difficulté (mais elle est éliminatoire) est de posséder suffisamment de connaissances : la mémoire est ici l'atout majeur du candidat.
Le piège à éviter est celui d'une simplification excessive du personnage (Chaka n'est pas le porte-drapeau de l'anti-racisme, ou du moins pas seulement), qui illustre toutes les contradictions auxquelles SENGHOR lui-même s'est trouvé exposé.

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