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Annales gratuites Bac L : Le mouvement chez Montaigne

Le sujet  1996 - Bac L - Littérature - Question Imprimer le sujet
LE SUJET

MONTAIGNE, Essais, I, 31 et III, 6

"Tout est mouvement chez MONTAIGNE".

Quel éclairage cette formule donne-t-elle aux deux chapitres des Essais inscrits au programme ?

LE CORRIGÉ

I - FICHE SIGNALETIQUE

Difficulté du sujet : assez difficile
Rareté du sujet : MONTAIGNE était attendu ; la question fait référence au "mouvement" chez MONTAIGNE, soit une particularité fréquemment soulignée chez lui.
Thèmes abordés : le "mouvement" chez MONTAIGNE.
Compétences requises : Bonne connaissance des deux essais, et en particulier du style de Montaigne.
Activité demandée : répondre à la question dans un développement court mais organisé, s'appuyant sur des références précises aux textes.


II - REACTIONS A CHAUD DU PROFESSEUR

La notion de "mouvement" est assez floue et complexe et demande à être cernée à la fois d'un point de vue thématique et d'un point de vue stylistique.


III - TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET

A - UN MONDE "ONDOYANT ET DIVERS"

La vision de MONTAIGNE, toute empreinte de baroque, aborde le monde comme une "pérenne branloire" en continuel mouvement. Dans "Des Cannibales", MONTAIGNE évoque la légende d'Atlantide engloutie par les eaux, la dérive des continents, l'érosion spectaculaire : même la petite Dordogne est capable de bouleverser le paysage.

L'homme est instable de même, jamais sûr de ses connaissances, puisqu'il ne sait pas grand chose du passé (dans "Des Coches", l'Européen croit avoir inventé récemment l'imprimerie, alors qu'elle est connue en Chine depuis mille ans) ni de l'espace (notre monde en a ignoré un autre, immense, très longtemps : l'Amérique).

La vision baroque, sur le plan esthétique, se marie, sur le plan philosophique, avec le scepticisme : impossible d'avoir un jugement définitif dans un monde où tout bouge, se transforme, se déforme.


B - LE STYLE "PAR SAUTS ET GAMBADES"

Pour dire l'instable, pas de dispositio rhétorique possible ; MONTAIGNE cultive la digression et les idées se succèdent de façon très lâche, s'appelant l'une l'autre par affinité thématique ou, parfois, par paronymie (le titre "Des Coches" entraîne un début sur la recherche des causes).

La construction des Essais se caractérise donc par sa remarquable fluidité. Prenons l'exemple du début "Des Coches" : de la recherche des causes, MONTAIGNE glisse au mal des transports, puis à la magnificence des coches des empereurs romains, ce qui le mène à une réflexion sur les dépenses royales, etc.

Pas de certitude, pas de jugement définitif : le titre des Essais en dit long - il s'agit d'une pensée essayée, proposée au lecteur mais non démontrée systématiquement, adaptable donc, en mouvement toujours.


C - LE CAS PARTICULIER DE L'ESSAI "DES COCHES"

A première lecture, les différents thèmes abordés semblent sans lien aucun ; mais, à seconde lecture, l'essai tout entier apparaît habité par la hantise de l'instable :

- Instabilité des coches qui donnent la nausée aux voyageurs.
- Hantise de la peur qui fait perdre le contrôle de soi, empêche de se dominer, et expose au danger.
- Dépenses royales critiquables quand elles concernent les jeux, les spectacles, les parures, donc l'éphémère.
- Instabilité fascinante, mais trop coûteuse des jeux du cirque de l'Empire Romain.

L'Ancien Monde est traversé par l'instabilité, le mouvement, signes de décadence. A contrario , dans le Nouveau Monde, tout est signe de stabilité : route magnifique et durable qu'ont construite les Incas ; or ornemental et non échangé comme en Europe ; stabilité stoïcienne des combattants, toujours maîtres d'eux-mêmes.

Mais la chute finale du dernier roi du Pérou entraîne le stable dans l'instable.


Conclusion :

Tout est mouvement chez MONTAIGNE : l'homme, le monde, les connaissances. Mais l'instable est subi bien plus qu'accepté : la perte d'assise est une hantise, le mouvement est signe de décadence.

Le monde stable de l'Amérique y a échappé un temps, avant d'être entraîné dans le même mouvement.

Le style "par sauts et gambades" permet à l'auteur de se poser, stable, au-dessus et au-delà du mouvement, tout en s'y adaptant : la digression est la seule façon de dire un monde en mouvement, mais les associations d'idées sont toujours repérables, assurant la cohérence et l'assise de l'auteur.

Dans "Des Coches", le coche, figure emblématique du mouvement, assure par sa récurrence une certaine unité thématique.

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