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Annales gratuites Bac ES : Peut-on se mentir à soi-même ?

Le sujet  1999 - Bac ES - Philosophie - Dissertation Imprimer le sujet
LE SUJET

Peut-on se mentir à soi-même ?

LE CORRIGÉ

I - LES TERMES DU SUJET


A - LA NOTION DE MENSONGE

Elle qualifie un acte par lequel un individu qui connaît la vérité la dissimule consciemment à un autre par un usage frauduleux du langage.

B - LE "SOI-MEME"

Notion plus difficile malgré son usage courant, elle renvoie à l'identité personnelle et implique la réflexion sur soi qui fait apparaître ce que je suis, c'est-à-dire mon essence. Retenons que seul un sujet pensant, conscient d'être élabore l'idée du soi-même par laquelle il cherche à se définir. L'animal a une identité mais elle n'est pas personnelle car la conscience de soi lui fait défaut. L'animal ne se connaît pas.

C - "PEUT-ON"

"Peut-on" a ici le sens de la possibilité plus que du droit, même si toute valeur morale n'est pas à exclure.


II - UNE ANALYSE DU PROBLEME

"Se mentir à soi-même" pose une difficulté d'ordre logique. Mentir aux autres est évidemment possible, car il y a dualité du trompeur et du trompé, mais le mensonge à soi-même supprime cette différence. Ce serait donc un acte impossible car contradictoire.

Cependant, l'expérience courante montre que cette attitude existe. Faut-il y voir la preuve de l'aveuglement de l'homme, de sa faiblesse et de sa vanité ? Il y a peut-être un sens plus profond lié aux difficultés de la connaissance de soi.


III - UNE DEMARCHE POSSIBLE*

A - "SE MENTIR A SOI-MEME" : UNE ATTITUDE APPAREMMENT INTENABLE

On commencera, dans un premier temps, par définir rigoureusement la notion de mensonge, en établissant un certain nombre de distinctions.
En effet, le mensonge n'est pas une erreur , due à un manque d'attention au sens cartésien du terme, l'acte d'un jugement insuffisamment éclairé. Il n'est pas dû non plus à la fatigue ou à la distraction.

Le mensonge n'est pas une illusion au sens où celle-ci inclut l'individu. On peut sincèrement s'illusionner par manque d'analyse de ses désirs comme l'ont montré Freud dans L'avenir d'une illusion ou Spinoza dans la troisième partie de l' Ethique .

Le mensonge implique la conscience de soi. Se mentir à soi-même, c'est donc affirmer ou nier à mon propos quelque chose que je sais être inexact. C'est vouloir me masquer la vérité en toute connaissance de cause puisque la conscience implique un savoir.

On peut dégager là un sens moral : je refuse de m'avouer la vérité, de la reconnaître. Je suis de mauvaise foi . Attitude répréhensible et ineffective car je ne peux ignorer mon manque de sincérité.
Pourquoi alors tomber dans cette contradiction ? A quoi bon se mentir à soi-même ?

B - LES RAISONS DE CE MENSONGE


Il faut se demander ce qui peut obscurcir le rapport entre ce que l'on est et ce que l'on pense être.
Les analyses de La Rochefoucauld, comme celles de Pascal, soulignent la puissance de l'amour-propre.
C'est un registre moral. La vanité, l'orgueil du moi le poussent à se donner de lui-même une image déformée, embellie.
Se mentir à soi-même est donc possible, mais moralement condamnable.

Cependant, la possibilité même de cette contradiction nous alerte sur la complexité de l'homme. Se connaître est-il si évident ?

C - MAUVAISE FOI ET CONNAISSANCE DE SOI

La psychanalyse freudienne a insisté sur la faiblesse des informations obtenues par la conscience immédiate. Les topiques de l'appareil psychique soulignent l'existence de conflits sur lesquels le sujet a d'abord peu de prise même s'ils ne sauraient lui être étrangers .
L'analyse du refoulement et des symptômes est ici centrale.
Sartre a critiqué Freud en lui reprochant son déterminisme, mais a reconnu que la mauvaise foi est inhérente à l'homme. Puisqu'il est conscient de soi, la sincérité est un idéal impossible. Je suis forcément en décalage par rapport à moi-même.


IV - CONCLUSION

La contradiction repérée initialement est donc féconde dans la mesure où elle nous alerte sur les difficultés de la connaissance de soi et sur la complexité de l'homme, cet être qui peut se dédoubler car il est conscient d'être.


V - REFERENCES UTILES

FREUD, L'avenir d'une illusion (pour la différence entre l'erreur et l'illusion)

Essais de psychanalyse

Introduction à la
psychanalyse

SARTRE, L'être et le néant (analyse de la notion de mauvaise foi)

PASCAL, Pensées (sur la vanité du moi)

LA ROCHEFOUCAULD, Maximes


VI - FAUSSES PISTES

S'égarer dans des considérations psychologisantes sans faire apparaître des concepts.


VII - LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR

C'est un sujet très classique permettant d'utiliser les notions du cours.

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