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Annales gratuites Bac Hôtellerie : Texte de Bergson

Le sujet  1995 - Bac Hôtellerie - Philosophie - Commentaire d'un texte philosophique Imprimer le sujet
LE SUJET


Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel (1). On l'accuse d'abord de réduire l'ouvrier à l'état de machine, ensuite d'aboutir à une uniformité de production qui choque le sens artistique.

Mais si la machine procure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploie ce supplément de loisir à autre chose qu'aux prétendus amusements qu'un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à son intelligence le développement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait, dans des limites toujours restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil, après suppression de la machine.

Pour ce qui est de l'uniformité de produit, l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réalisée ainsi par l'ensemble de la nation, permettait de pousser plus loin la culture intellectuelle et de développer les vraies originalités.

BERGSON.

(1) Ce grief (ou ce reproche) essentiel, c'est, selon Bergson, d'avoir poussé au luxe.


QUESTIONS :

A - Dégagez l'idée directrice et les articulations du texte.

B - Expliquez les expressions suivantes :
"réduire l'ouvrier à l'état de machine" ;
les "prétendus amusements" et "les vraies originalités"

C - Le machinisme est-il un obstacle au développement de la culture ?

LE CORRIGÉ

I - QUELLE ANALYSE POUR CE SUJET ?

Ce texte de Bergson vise à formuler un jugement nuancé sur le machinisme. Son thème porte sur les avantages et désavantages comparés de la machine et de l'outil, du point de vue de l'épanouissement humain.

Le problème posé dans le texte est le suivant : n'y a-t-il pas, contrairement aux idées reçues, une supériorité, de ce point de vue, de la machine sur l'outil ?

La thèse de Bergson est que cette supériorité est bien réelle, parce que le machinisme libère du temps dans la vie de l'ouvrier, lui permettant de se consacrer à des activités moins aliénantes.

L'enjeu présent dans ce texte est de savoir si la civilisation du machinisme est compatible avec la liberté et la dignité humaine.


II - UNE DEMARCHE POSSIBLE.

A - IDEE DIRECTRICE (cf. ci-dessus) ET ARTICULATIONS DU TEXTE.

Le texte procède selon trois moments.

Un premier moment (jusqu'à "sens artistique") détaille les deux reproches que l'on adresse habituellement au machinisme : d'abord, transformer en machine l'utilisateur d'une machine.

Ensuite, briser l'inventivité de l'ouvrier, en lui faisant produire des objets identiques les uns aux autres.

Les deuxièmes et troisièmes moments répondent à ces faux reproches. Le seul vrai reproche en effet, est pour Bergson que la production massive d'objets grâce aux machines pousse les hommes à une consommation inutile, c'est-à-dire au luxe.

La raison de l'invalidité du premier reproche est la suivante (deuxième moment) :

Le temps libre ("heures de repos") permis par le machinisme donne à l'ouvrier la possibilité de libérer son esprit des contraintes de la matière, et ainsi de retrouver au fond de lui-même la faculté de " choix " que le travail sur machine lui a fait oublier.

Ce choix se portera spontanément selon Bergson, sur des potentialités de son intelligence autres que celles sollicitées pour faire fonctionner sa machine.

De là, Bergson conclut à l'infériorité de la civilisation de l'outil : l'homme est plus inventif quand il use d'outils, mais il y passe plus de temps , et laisse ainsi en friche des potentialités qui pourtant lui appartiennent.

Bergson aperçoit cependant les limites de son argument : l'"industrialisme" suscite plutôt l'"amusement", c'est-à-dire l'utilisation récréative des objets que l'ouvrier lui-même a produit, plutôt qu'il ne suscite un authentique geste de liberté.

Mais la faute en revient, précise Bergson, moins au machinisme, qu'à la politique du développement industriel, qui est "mal dirigée".

La raison de l'invalidité du deuxième reproche est la suivante (troisième moment de "pour ce qui est" à la fin du texte) :

L'uniformité des produits machiniques n'a pas d'effet sur l'esprit humain, à condition que les hommes usent de leur temps libre pour épanouir leur originalité profonde.


B - EXPLIQUER :

"Réduire l'ouvrier à l'état de machine" : c'est le contrecoup du fonctionnement, essentiellement réglé et prédéterminé, de la machine sur son utilisateur. "Prétendus amusements", "vraies originalités".

Le machinisme mal compris et mal dirigé induit un cercle vicieux : l'ouvrier produit des objets, et, durant son temps libre, continue à s'aliéner à ces mêmes objets.

C'est là un amusement et une liberté illusoires. La vraie originalité se trouve dans la recherche et dans la mise en oeuvre de nos facultés profondes.


C - LE MACHINISME EST-IL UN OBSTACLE AU DEVELOPPEMENT DE LA CULTURE ?

Non, selon Bergson à condition que les illusions de liberté qu'il engendre soient limitées par la "bonne direction" que le pouvoir politique a pour responsabilité d'imprimer à l'usage social des produits du machinisme.

Mais on peut se demander si la civilisation des objets industriels ne s'est pas rendue indépendante, malgré les décisions politiques, de la volonté collective des hommes.


III - LES REFERENCES UTILES.

Marx dans Le Capital , propose une analyse bien différente du machinisme : celui-ci mobilise non pas des individus mais une classe collective d'hommes (les ouvriers).

Ce n'est pas dans leur temps libre que les hommes découvrent leur liberté, mais au contraire en usine, collectivement, en prenant conscience que leur force de travail est aliénée à des fins qu'ils n'ont pas choisies.


IV - LES FAUSSES PISTES.

Faire du "retour à l'outil" le souhait de Bergson.

Opposer l'"intelligence" au sens artistique, alors que dans ce texte, ils sont sur le même plan, par contraste avec le machinisme.

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