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Annales gratuites Bac ES : Vérité et Démonstration

Le sujet  2004 - Bac ES - Philosophie - Dissertation Imprimer le sujet
LE SUJET

Toute vérité est-elle démontrable ?

LE CORRIGÉ

I - LES TERMES DU SUJET

Deux notions du programme apparaissent ici : vérité et démonstration.

A - VERITE

Notion difficile car extrêmement polyvalente : il y a les vérités scientifiques, historiques, religieuses, plus généralement tout ce qui vaut et est reconnu comme vrai en société, indépendamment de sa vérité objective. Il faut aussi penser à la valeur morale de la vérité.

B - DEMONSTRATION

La démonstration est un mode d'argumentation qui se veut contraignant, irréfutable, s'appuyant sur des règles de logique supposées respectées ou connues de l'interlocuteur ou du lecteur. On pense immédiatement a la démonstration de type mathématique mais tout énoncé qui prétend être vrai prétend aussi, plus ou moins, démontrer quelque chose. La démonstration serait un critère d'objectivité ou de validité d'une proposition.

II - L'ANALYSE DU PROBLEME

Le sujet prend la vérité dans son sens le plus large et la soumet à un critère d'examen : la capacité d'être démontrée, c'est-à-dire contraignante, nécessaire, de s'imposer à autrui sans contestation possible.
Or quelles sont les vérités démontrables par excellence ? Les vérités mathématiques et les vérités logiques. Il faut donc se demander si toute vérité peut ou doit être démontrable. Y a-t-il des types de vérité, au contraire, qui ne sont pas démontrables ? Mais alors d'où tirent-elles leur valeur de vérité ? Il faut aussi se demander à qui, pour qui et dans quel but une démonstration est nécessaire ou utile.

III - UNE DEMARCHE POSSIBLE

A - PRESUPPOSES ET INTERET DES VERITES DEMONTRABLES

1) Montrer et démontrer la vérité

Montrer un événement, une chose, c'est constater son existence momentanée, empirique. C'est constater un fait, qui aurait pu ne pas être, contingent. Le journal télévisé ne démontre pas l'actualité, il la montre ! Démontrer, c'est présenter la nécessité d'une chose ou d'un raisonnement. Il faut donc distinguer les vérités de raison et les vérités de fait. Hitler aurait pu être assassiné, mais en base 10, 2 plus 2 font 4 nécessairement, sans alternative possible. Plus on s'éloigne des faits, plus les vérités sont contraignantes : en effet, elles s'appuient de plus en plus sur des symboles. Ce sont des vérités formelles : le contenu de la vérité se perd, et ne restent que les liens logiques entre les propositions. Si je dis que tout événement a une cause, donc que tel événement doit avoir une cause, c'est une démonstration contraignante, mais je n'apprends rien sur la cause particulière. Mais l'exigence de rationalité démonstrative permet d'interroger le réel : la démonstration crée la vérité !

2) L'intérêt de la démonstration : la communicabilité

Quand on parle de démonstration, on suppose non seulement des lois logiques à respecter, mais un auditeur ou un interlocuteur. La démonstration, d'une vérité permet non seulement de l'établir comme vérité, mais de la communiquer à tout entendement. On ne peut pas démontrer à quelqu'un la beauté d'une musique, mais un Français peut démontrer la vérité d'un théorème à un Chinois. Cette communicabilité rationnelle repose sur des lois logiques ou des présupposés universels, comme le principe de non-contradiction par exemple. Les mathématiques sont le lieu privilégié des vérités démonstratives car elle reposent sur des intuitions simples et des règles de déduction. La possibilité de démontrer semble donc supposer des idées communes, un entendement universel en chaque homme : "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" !

B - LA VERITE AU-DELA DE LA DEMONSTRATION

1) L'impossibilité d'une démonstration totale

Mais si toute démonstration renvoie à des règles logiques présentes en chaque homme, comment démontrer ce qui est présupposé par toute démonstration ? Il arrive un moment, en mathématiques, où les termes les plus simples (espace, point, existence, etc.) ne peuvent être définis que par des termes plus complexes ! La vérité de la chaîne démonstrative s'enracine dans l'indémontrable : l'intuition pure de l'espace et du temps, un sentiment d'évidence inexplicable. De plus, l'homme ne se réduit pas à une rationalité démonstrative : si l'on devait n'accepter que des vérités démontrées, nous ne pourrions plus vivre. L'homme a plus besoin d'une valeur de vérité que d'une vérité abstraitement démontrée dans un monde de symboles formels.

2) La vérité est à vivre, pas à démontrer

La démonstration de type mathématique exclut la nécessité qui s'impose à la vie individuelle. L'homme se crée ses propres vérités, la cohérence de son expérience contingente : une rencontre, une musique peuvent avoir bien plus de valeur de vérité pour nous que toutes les démonstrations possibles. La valeur existentielle de la vérité n'est pas dans la démonstration. La vérité comme valeur morale, opposée au mensonge, a un sens pratique comme règle de vie : la sincérité ou la véracité sont alors plus essentielles que l'exactitude démonstrative. De même, les religions insistent sur la fonction libératrice, intime et personnelle de vérité qui "sauve" l'homme de la folie, du doute ou de la haine. La croyance renvoie l'homme a une vérité intérieure révélée, plus forte, qui établit une relation à l'absolu avant de rendre possible la communicabilité entre hommes.

IV - DES REFERENCES UTILES

  • Descartes, Règles pour la direction de l'esprit
  • Aristote, Topiques
  • Pascal, De l'esprit géométrique
  • V - LES FAUSSES PISTES

    Ne pas voir la transversalité du sujet, qui mobilisait beaucoup de notions ou encore opposer schématiquement la science et la religion. Bien voir que la démonstration suppose une volonté de communication universelle avec autrui, donc ne concerne qu'un certain type de vérités.

    VI - LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR

    Sujet classique, mais qui suppose des idées claires sur la science, la logique.

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