Suivez-nous
 >   >   >   > Coût du travail et chomage

Annales gratuites Bac ES : Coût du travail et chomage

Le sujet  2003 - Bac ES - Sciences Economiques et Sociales - Dissertation Imprimer le sujet
LE SUJET

La réduction du coût du travail permet-elle de réduire le chômage des travailleurs peu qualifiés ?

Document 1

Taux de chômage par catégorie socioprofessionnelle
(en pourcentage des actifs de la catégorie)

 

1990

1994 (1)

2000

Employés non qualifiés

14,6

17,2

15,3

Employés qualifiés

9,9

13,4

9,8

Ouvriers non qualifiés

18,1

22,8

18,8

Ouvriers qualifiés

7,8

12,1

8,5

Ensemble des actifs

9,3

12,5

10,1

Champ : ensemble des demandeurs d'emploi au sens du BIT (Bureau international du travail)

Source : Ouvriers et employés non qualifiés : disparités et similitudes sur le marché du travail, DARES (Direction de l'animation de la recherche des études et des statistiques, Ministère de l'emploi et de la solidarité), Première synthèse, novembre 2000.

(1) Les mesures de réduction du coût du travail centrées principalement sur les bas salaires (inférieurs à 1,3 fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance) sont introduites en 1993.

Document 2

Encourager l'offre des entreprises aux personnes peu qualifiées commande que l'on continue à veiller à l'évolution du coût du travail, comme un des éléments d'une politique globale de l'offre. Améliorer les revenus des travailleurs pauvres passe par la poursuite de l'aménagement des transferts sociaux et des prélèvements pour faire en sorte que le travail soit plus rémunérateur mais aussi par une réorientation de l'effort de formation permanente pour permettre aux moins qualifiés d'accéder à des emplois plus stables. L'accompagnement au retour à l'emploi, qui suppose une plus grande efficacité et une collaboration des institutions en charge des chômeurs, doit être complété par une réforme de l'indemnisation du chômage concernant le régime d'assurance, les dispositifs d'assistance et le revenu minimum d'insertion (RMI).

Source : CERC (Centre d'étude des revenus et des coûts), Accès à l'emploi et protection sociale, La Documentation française, 2001.

Document 3

La comparaison avec les Etats-Unis fait apparaître un déficit important d'emploi de services en France. Outre-Atlantique, le nombre d'emplois par habitant était en 1996 supérieur de 80 % dans le commerce et de 130 % dans l'hôtellerie-restauration. La différence de niveau de vie et de structure de consommation n'expliquerait que la moitié de cet écart. Ces branches employant un grand nombre de salariés peu qualifiés, il semble que ce soit le coût du travail qui explique d'abord ces différences. Au début des années quatre-vingt-dix, une heure de salaire moyen net permettait d'acheter à peine plus d'une heure de travail non qualifié en France, contre deux heures trente aux Etats-Unis. (...)
Le développement des services aux particuliers aux Etats-Unis a bénéficié de la faiblesse du salaire minimum, et a pour prix une inégalité accrue. Pour échapper à ce dilemme, l'intervention des pouvoirs publics semble nécessaire. (...)
Diverses mesures d'allègement du coût du travail (subvention à l'emploi, exonération de cotisations sociales...) permettraient d'agir du côté de l'offre(1), et ce d'autant plus qu'il s'agit de secteurs pour lesquels l'élasticité de la demande de travail à son coût est élevée.

Source : Jérôme Gautié, Coût du travail et emploi, La Découverte, 1998.

(1) Il s'agit de l'offre des services destinés aux clients (commerce, restauration...)

Document 4

La baisse du coût du travail peut trouver son origine :
- ou bien dans une baisse des salaires nets, qui risque d'entraîner, d'une part un fléchissement de la consommation des ménages, d'autre part une démotivation des salariés, donc une dégradation de leur productivité ;
- ou bien dans une baisse des charges sociales assises sur les salaires. A déficit public constant, cet allègement doit être compensé par une contraction des dépenses publiques ou par une augmentation d'autres prélèvements, ces deux mesures présentant également des effets récessifs à court-moyen terme.
Donc, dans tous les cas, le financement de la baisse du coût du travail en atténue fortement les effets favorables sur l'emploi, dans une proportion qui dépend des modalités de ce financement.

Source : Philippe Marini, Rapport sur le projet de loi de Finances 2002, Sénat, novembre 2001.

Document 5

Evolution de l'emploi non qualifié en France

échelle de gauche : nombre d'emplois non qualifiés en milliers
échelle de droite : part de l'emploi non qualifié dans l'emploi total en %

Source : Olivier Chardon, Les transformations de l'emploi non qualifié depuis 20 ans, INSEE Première n° 796, juillet 2001.

Document 6

L'essentiel de l'effet du salaire interprofessionnel de croissance (SMIC) sur l'emploi passe ainsi par des effets de substitution entre les facteurs de production. Un salaire minimum élevé accélère le remplacement, dans les entreprises, des travailleurs peu qualifiés par du capital ou par du travail qualifié.
Cet argument traditionnel a été toutefois contesté sur le plan théorique mais aussi par certaines études empiriques (...)
Ainsi, fixé à un niveau pas trop élevé, le salaire minimum constituerait un instrument de protection des salariés les plus vulnérables sur le marché du travail, sans nuire à leur emploi. Il permettrait aussi d'inciter les entreprises à accroître la productivité de leur main-d'œuvre par un effort de formation, de réduire le "turn-over"* et de motiver les salariés.

Source : Centre d'étude des revenus et des coûts, Le SMIC, La documentation française, 1999.

* turn-over = rotation de la main-d'œuvre dans une entreprise, mesurée par le rapport de la somme des entrées et des sorties au cours de l'année à effectif total.

LE CORRIGÉ

I - L'ANALYSE DU SUJET

Le sujet proposé est une question classique du programme de Terminale. Le débat sur les effets d'une réduction du coût du travail est toujours d'actualité, d'autant plus que le chômage remonte depuis 2001. Le candidat pourra mobiliser des connaissances tirées des thèmes "Travail et emploi" mais aussi "Le rôle économique et social des pouvoirs publics". Les documents fournis couvrent bien les différents aspects du sujet. Il conviendra de bien centrer le devoir sur les emplois peu qualifiés.

II - LE CORRIGE DE LA DISSERTATION

INTRODUCTION

La question du chômage est centrale dans les pays développés depuis trente ans. Il y a aujourd'hui en France environ 2,5 millions de chômeurs. Les chômeurs sont définis par le BIT (ou par l'INSEE en France) comme des personnes sans emploi, à la recherche d'un emploi et disponibles pour en occuper un. Les pouvoirs publics dans différents pays ont cherché à lutter contre le chômage en réduisant le coût des emplois peu qualifiés. On peut s'interroger sur l'efficacité de ces politiques en montrant d'abord les effets favorables d'une telle réduction du coût du travail mais en soulignant, dans un second temps, ses limites.

A - PREMIERE PARTIE : LA REDUCTION DU COUT DU TRAVAIL PEUT STIMULER LA CREATION D'EMPLOIS PEU QUALIFIES

1) Le coût du travail est un déterminant de l'emploi pour les entreprises.

La théorie libérale nous rappelle que les entreprises opèrent des choix entre les facteurs de production pour produire.
L'arbitrage entre le travail et le capital se fait en comparant leurs coûts respectifs. Si le travail est jugé moins coûteux que le capital, l'entreprise sera incitée à embaucher. Par contre, si le coût du travail (salaire et charges sociales) est jugé élevé alors l'entreprise aura tendance à substituer du capital au travail (cf. Document 6) ou même à délocaliser une partie de ses activités dans des pays ou la main-d'œuvre est moins chère.

2) Les politiques de l'emploi, depuis les années 80, sont fondées en grande partie sur des baisses du coût du travail peu qualifié.

Dans la plupart des pays développés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France), les pouvoirs publics ont cherché à réduire le coût du travail de différentes façons.
Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne on a réduit l'influence des syndicats et allégé les contraintes d'un salaire minimum. En France, les pouvoirs publics ont encouragé la modération salariale et surtout procédé à des exonérations de charges sociales au niveau des bas salaires (donc des emplois peu qualifiés) (note du Document 1). On a aussi largement subventionné l'emploi dans le secteur marchand (primes à l'emploi) et créé des emplois à faible rémunération dans les services non marchands (CES, emplois jeunes...).

3) La baisse du coût de travail a favorisé l'emploi.

Aux Etats-Unis le chômage s'est maintenu pendant longtemps à un niveau faible (4 à 5 %). On comparait l'économie américaine à une "job machine". On a vu en effet des millions d'emplois créés dans les années 80 et 90, surtout dans le secteur tertiaire (cf. Document 3). Cette création massive d'emploi s'explique entr'autres par la faiblesse des salaires dans ce secteur qui utilise beaucoup de main-d'œuvre peu qualifiée. En France la décrue du chômage entre 1997 et 2001 s'explique en bonne part par la baisse du coût du travail (modération salariale et allègement de charges sociales), combinée à un environnement favorable (reprise de la croissance).

B - DEUXIEME PARTIE : LA REDUCTION DU COUT DU TRAVAIL A UNE EFFICACITE DISCUTEE DANS LE LUTTE CONTRE LE CHOMAGE

1) Les allègements du coût du travail ne conduisent pas systématiquement à la baisse du chômage

Les mesures d'exonération de charges prises en France en 1993 (gouvernement Balladur) n'ont pas empêché le chômage des salaires non qualifiés de progresser en 1994 (et même jusqu'en 1997). De plus la baisse du chômage entre 1997 et 2001 (cf. Document 1) ne saurait être expliquée seulement par la baisse du coût du travail. La forte reprise d'activité, le passage aux "35 heures" ont aussi contribué à la reprise de l'emploi.

On sait enfin que si le coût du travail est plus élevé en France qu'aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, il est inférieur à celui des pays d'Europe du Nord ou de l'Allemagne qui ont un chômage moins élevé.

2) La baisse du coût du travail peut avoir des effets négatifs sur la croissance et l'emploi

La réduction du coût du travail peut se faire par la modération salariale mais ceci freine la consommation des ménages (raisonnement keynésien).
De même si le financement de la protection sociale est rendu plus difficile par suite des exonérations de charges sociales, on est conduit à réduire les prestations sociales qui représentent en France 1/3 du revenu disponible des ménages et maintiennent la consommation (cf. Document 4).
On peut encore souligner que des salaires trop faibles tendent à démotiver les salariés et les rend moins productifs (théorie du salaire d'efficience).
On peut enfin noter que des salaires faibles ne constituent pas une forte incitation à l'innovation et à la formation des salariés. C'est donc ici encore la productivité des entreprises qui est en jeu, donc la croissance économique et l'emploi.

3) La réduction du coût du travail déstabilise la création d'emplois qualifies et peut pénaliser la main-d'œuvre peu qualifiée.

La faiblesse des salaires génère des inégalités importantes entre les individus. Celles-ci doivent -ou devraient être- modérées par des politiques sociales adaptées (indemnisation du chômage, formation...) (cf. Document 2). On sait par ailleurs que si le chômage des personnes peu qualifiées est élevé ce n'est pas par manque d'emploi pour elles. En effet, les emplois non qualifiés sont très nombreux et même en augmentation depuis 1994 (cf. Document 5). L'explication tient à ce que la main-d'œuvre qualifiée occupe (faute de mieux) des emplois peu qualifiés.
La réduction du coût du travail peu qualifié accentue ainsi le sous-emploi des qualifications sans résoudre le chômage des personnes peu diplômées.

CONCLUSION

L'orientation des politiques de l'emploi depuis 20 ans est inspirée du libéralisme dans la plupart des pays développés.
La baisse du coût du travail conjuguée à une plus grande flexibilité a pu favoriser la lutte contre le chômage dans certains pays mais au prix d'une plus grande précarité et d'une aggravation des inégalités.
Nous sommes toujours à la recherche d'un équilibre entre l'efficacité économique et la cohésion sociale.

2019 Copyright France-examen - Reproduction sur support électronique interdite