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Annales gratuites Bac ES : Investissement et croissance

Le sujet  2004 - Bac ES - Sciences Economiques et Sociales - Dissertation Imprimer le sujet
LE SUJET

Il est demandé au candidat :

  • de répondre à la question posée explicitement ou implicitement dans le sujet ;
  • de construire une argumentation à partir d'une problématique qu 'il devra élaborer ;
  • de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ;
  • de rédiger en utilisant un vocabulaire économique et social spécifique et approprié à la question, en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.
  • Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.

    Vous expliquerez comment l'investissement est source de croissance économique

    Document 1 :

    L'investissement a deux visages. L'entreprise qui investit fait travailler d'autres entreprises, elle stimule la demande et l'activité économique. En même temps, elle développe les capacités de production installées et l'offre de biens possible. Voyons d'abord le côté de la demande. Que se passe-t-il lorsque les chefs d'entreprise décident d'accroître leurs projets d'investissement ? Les entreprises qui investissent s'adressent aux fabricants de machines. Le chiffre d'affaires(1) des fournisseurs d'équipement augmente, ainsi que les salaires qu'ils distribuent, les impôts qu'ils paient et les profits qu'ils réalisent. Leurs salariés, éventuellement en nombre accru, consomment plus. Les producteurs de produits alimentaires, de vêtements, de télévision, d'automobiles voient leurs ventes et leurs recettes augmenter. Ils accroissent leur production, leur embauche, leurs salaires, leurs commandes à leurs fournisseurs.
    Tournons-nous maintenant du côté de l'offre. L'investissement apporte une nouvelle capacité de production. L'entreprise investit tout à la fois pour répondre à la demande, pour conserver ou accroître sa part de marché, pour réduire les délais de fabrication, pour améliorer la qualité des produits et en lancer de nouveaux et pour réduire ses coûts unitaires en utilisant, pour une même production, moins de facteurs : moins de salariés, moins de matières ou moins d'énergie.

    Source : M. Didier, Economie : Les règles du jeu, Economica 1992.

    (1) Le chiffre d'affaires correspond aux recettes de l'entreprise. Il est calculé ainsi : prix de vente unitaire ´ quantités vendues.

    Document 2 :

    Ce sont surtout les débats autour de l'émergence de la "nouvelle économie", l'apparition de nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), qui ont relancé l'intérêt porté à l'analyse de l'investissement, au moins sous son aspect de vecteur par lequel les innovations technologiques se diffusent dans l'économie. La vigueur de la croissance américaine, au cours de la décennie 1990, a ainsi été mise en relation avec le haut niveau d'investissement en NTIC observé dans ce pays. (...)
    Il ressort que la croissance plus forte observée aux États-Unis comparée à la croissance européenne et française a été la résultante de deux phénomènes concomitants : une plus forte mobilisation du facteur travail, et une augmentation sensible, à partir de 1995, des gains de productivité. Ce second facteur de croissance économique, à savoir la croissance de la productivité, entretient des liens étroits avec l'investissement. (...) L'investissement permet d'accroître le stock de capital par travailleur, et donc la productivité du travail. Une fois pris en compte l'apport du facteur travail, et celui du facteur capital, une part de la croissance reste inexpliquée. Cette part de croissance inexpliquée est attribuée à un résidu, la productivité globale des facteurs, qui mesure l'apport du progrès technique. L'investissement est un moyen d'élever la productivité globale des facteurs, en ce qu'il permet d'incorporer le progrès technique à l'appareil de production.

    Source : Joseph Kergueris, Rapport d'information sur les déterminants de l'investissement, Sénat, session ordinaire 2002-2003, annexe au procès-verbal de la séance du 29 octobre 2002.

    Document 3 :

    Comparaison Etats-Unis/France :

    Effet de l'effort d'investissement dans les technologies de l'information et de la communication (TIC) sur la croissance économique

     

    Pourcentage des dépenses en TIC dans les dépenses d'investissement hors bâtiment (1)

    Rapport entre le taux de croissance annuel moyen du PIB (à prix constants en $ de 1995) des États-Unis et celui de la France (2)

    Année

    Etats-Unis

    France

    Période

     

    1970

    16,9

    12,2

    1980

    21,5

    13.1

    1970-80

    0,98

    1990

    31,8

    15,9

    1980-90

    1,28

    1998

    36,1

    23,6

    1990-98

    2,08

    (1) Champ : ensemble de l'économie pour la France, secteur privé pour les Etats-Unis
    (2) Clé de lecture : au cours de la période 1990-98, la croissance du PIB, à prix constant ($ de 1995) par an et en moyenne, est 2,08 fois plus forte aux Etats-Unis qu'en France.

    Sources : G. Cette, J. Mairesse et Y, Kocoglu,
    "La diffusion des TIC en France : mesure et contribution à la croissance",
    in : Conseil d'analyse économique, La nouvelle économie, Rapport du CAE n° 28,2000 ; statistiques de l'OCDE.

    Document 4 :

    Au-delà des effets à court terme de l'investissement dans la conjoncture économique, celui-ci exerce une influence déterminante sur le niveau de croissance durable d'un pays. [L'investissement] a en effet un rôle spécifique dans la diffusion de l'innovation. Les nouveaux équipements, intégrant des procédés plus modernes, permettent dans la plupart des cas de réaliser des gains de productivité. Ils sont ainsi source de gains de parts de marché. De la même manière, l'investissement immatériel, c'est-à-dire les dépenses de recherche-développement, de formation, de logiciels, ou de prospection commerciale (marketing), contribuent également à une amélioration de la compétitivité des entreprises par plusieurs canaux :

  • les innovations dans les processus de production permises par la recherche et l'utilisation de nouveaux logiciels abaissent le coût de fabrication et améliorent la compétitivité-prix des produits et favorisent l'apparition de nouveaux produits ;
  • les dépenses commerciales accentuent leur différenciation et permettent leur diffusion, ce qui constitue un élément de la compétitivité hors prix de l'offre nationale.
  • Le poids décisif de l'innovation et du progrès technique dans la croissance a été souligné par Schumpeter : [pour lui], l'innovation est liée au montant des investissements consentis par l'économie. Le cycle de croissance actuel lié à l'essor des technologies de l'information en est une illustration.

    Source : E. Barel, C. Beaux, E. Kesler, O. Sichel, Economie politique contemporaine,
    Armand Colin, 2002.

    Document 5 :

    Note : Les Administrations publiques produisent des services non marchands. Elles sont composées de l'État, des collectivités territoriales et des organismes de sécurité sociale.

    Document 6 :

    LE CORRIGÉ

    I - L'ANALYSE DU SUJET

    Les effets de l'investissement sur la croissance sont traités dans la partie du programme intitulée "Accumulation du capital, progrès technique et croissance". Le thème est très classique et ne devrait pas surprendre les candidats. Les documents proposés sont de nature plus "techniques" ou théoriques que factuels. Le candidat y retrouvera des éléments de son cours. Il devra cependant enrichir le devoir par des apports sur l'évolution des investissements en liaison avec la croissance, depuis les années 80 par exemple. Le candidat pourra aussi mobiliser des connaissances sur l'évolution économique dans d'autres pays développés que la France.

    II - UN TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET

    INTRODUCTION

    L'investissement occupe une place centrale dans la réflexion économique. Les définitions en sont variées. En première analyse l'investissement correspond à l'achat de capital fixe, c'est-à-dire de biens de production qui serviront plus d'un an (machines, outils, bâtiments, logiciels...). Les néo-classiques voient dans l'investissement le renoncement à une consommation immédiate. L'approche statistique de l'investissement se fait par la comptabilité nationale (européenne) qui mesure la formation brute de capital fixe (FBCF). Celle-ci est réalisée principalement par les entreprises mais aussi par les administrations publiques et les ménages (achat de logement). Le rapport FBCF/PIB s'appelle le taux d'investissement. La réflexion des économistes s'est portée depuis longtemps sur les déterminants de l'investissement, son financement, et ses effets. On considère généralement que l'investissement est un moteur de la croissance économique (c'est-à-dire de la croissance du PIB). Plus précisément, la croissance économique s'avère très sensible aux variations de l'investissement, ce qui rend nécessaire l'analyse de cette relation. Il convient tout d'abord de montrer les effets stimulants de l'investissement au niveau de l'entreprise. Ensuite, dans un second temps, on s'intéressera aux effets macro-économiques de l'investissement sur la croissance.

    A - PREMIERE PARTIE : DANS L'ENTREPRISE, L'INVESTISSEMENT AMELIORE L'EFFICACITE ET STIMULE LA PRODUCTION

    1) L'investissement est source de productivité

    En renouvelant les équipements, l'investissement permet de "rajeunir" le capital fixe utilisé. L'entreprise dispose ainsi de machines plus performantes. Investir est ainsi une façon de profiter du progrès technique. Par les gains de productivité qu'elle obtient (Documents 2 et 4), l'entreprise devient plus compétitive et peut accroître ses parts de marché (Document 1). Elle sera donc incitée à produire plus. En augmentant sa production l'entreprise peut encore baisser ses prix grâce aux économies d'échelle.

    2) La nature des investissements réalisés agit sur la production de l'entreprise

    Par les investissements de capacité, l'entreprise peut produire davantage (Document.1). Cependant, au-delà de ces aspects quantitatifs, on a vu se développer les investissements immatériels (recherche, publicité, logiciels, formation) qui améliorent la compétitivité prix et hors-prix des produits fabriqués (Document 4). Les investissements dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication (informatique, internet...) accélèrent la vitesse de la circulation des informations et leur diffusion. C'est le fonctionnement global de l'entreprise qui s'en trouve amélioré.

    3) Pour l'entreprise, le lien entre investissement et hausse de la production n'est pas automatique
    L'entreprise investit parfois pour augmenter sa productivité, et pas forcément sa production. Cette dernière dépend d'ailleurs largement de l'évolution des débouchés. En période de ralentissement de l'activité, les ventes ne progressent guère. Ainsi l'environnement de l'entreprise est-il déterminant : conjoncture, niveau de l'emploi, action des pouvoirs publics....

    B - DEUXIEME PARTIE : LES EFFETS MACRO-ECONOMIQUES DE L'INVESTISSEMENT SUR LA CROISSANCE

    1) Les effets sur l'offre

    Le capital est un facteur de production, avec le travail. Les économistes ont pu évaluer les contributions de l'investissement à la croissance. Il a ainsi été démontré que l'investissement, au niveau macro-économique, "nourrit" la productivité globale des facteurs (Document 2). Ainsi s'expliquerait par exemple le lien entre le niveau élevé de l'accumulation du capital et la forte croissance du PIB pendant les Trente Glorieuses. Comme support du progrès technique, l'investissement améliore les procédés de fabrication et génère de nouveaux produits. Schumpeter avait déjà mis à jour le rôle central des innovations dans les fluctuations économiques (Document 4). L'exemple des TIC à cet égard est éclairant. En 1998, la part des TIC dans les investissements américains est de 36% contre 23,6% en France et la croissance du PIB y est 2,08 fois plus forte, en moyenne entre 1990 et 1998. Une comparaison des dépenses de recherche-développement (en % du PIB) confirmerait ce point.

    2) Les effets sur la demande

    En investissant les entreprises offrent des débouchés à leurs fournisseurs - ceux-ci vont à leur tour pouvoir distribuer des revenus (salaires, profits) ou payer des impôts, qui vont alimenter la demande effective (Document 1). Cet effet positif des investissements est connu sous l'expression "multiplicateur d'investissement keynésien". L'investissement stimule en outre la demande par les gains de pouvoir d'achat qu'il induit. En effet, les gains de productivité peuvent se traduire en baisses des prix de vente mais aussi en augmentation des salaires. La consommation des ménages peut ainsi s'accroître et offrir de nouveaux débouchés.

    D'un autre point de vue, la comptabilité nationale inscrit la FBCF comme une composante de la demande dans l'équilibre marco-économique "Emplois-Ressources". La croissance du PIB est donc bien liée à celle de l'investissement.
    Enfin les administrations peuvent agir sur la croissance par le biais des investissements publics. De fait, on constate bien une corrélation à la fin des années 80 entre le niveau de la FBCF des administrations publiques et la forte croissance économique à cette époque. La liaison est cependant moins nette à la fin des années 90, période là aussi de reprise d'activité (Document 5)

    3) La relation investissement/croissance se révèle aussi à long terme

    Trois exemples peuvent illustrer cette idée

  • L'emploi : l'investissement peut parfois réduire l'emploi et affaiblir ainsi la demande. Sauvy a cependant montré qu'il existe des effets de compensation sur le long terme.
  • Les délocalisations : les investissements se font -pour une part seulement- à l'étranger et peuvent provoquer des difficultés. Toutefois, à moyen et long terme, les investissements nourrissent des flux d'exportations favorables à la croissance.
  • La formation : investir dans la formation des salariés (initiale ou continue) a des conséquences sur l'efficacité de l'économie, mais le plus souvent à long terme.
  • CONCLUSION

    Si l'investissement a des effets indiscutables sur la croissance, il serait important de montrer comment l'inverse est tout aussi exact. Dans la "loi des débouchés" JB Say affirmait que "Toute offre crée sa propre demande". Keynes, dans les années 30, allait démontrer l'importance de la demande comme stimulant de la production.
    La réalité d'aujourd'hui illustre toujours ce débat. La faiblesse de la croissance économique en Europe lui donne toute son acuité.

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