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Annales gratuites Bac ES : Le rôle de l'école dans la mobilité sociale

Le sujet  1998 - Bac ES - Sciences Economiques et Sociales - Dissertation Imprimer le sujet
LE SUJET

Il est demandé au candidat :

- de répondre à la question posée explicitement ou implicitement dans le sujet ;
- de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ;
- de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ;
- de rédiger en utilisant un vocabulaire économique et social spécifique et approprié à la question, en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.

Il sera tenu compte dans la notation de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.


SUJET

Vous analyserez le rôle de l'école dans la mobilité sociale.


Document 1 :

De 1960 à 1994, le nombre de bacheliers a été multiplié par huit, celui des étudiants par sept. Cette véritable massification des études longues atteste l'ouverture considérable d'un accès au patrimoine scientifique, technologique et culturel de l'humanité, réservé il n'y a pas si longtemps à une toute petite élite (1 % de bacheliers en 1880, 2 % en 1930, 4 % en 1945, et 62 % en 1995).
[-] Encore faut-il pour prendre la mesure exacte de ces avancées, et puisque la valeur sociale des diplômes correspondant à un même niveau de scolarisation. […] Les bacs généraux représentaient 83 % des bacs obtenus en 1970 ; ils n'en représentent plus que 59 % en 1995, pour 28 % de bacs technologiques et 13 % de bacs professionnels. Or les élèves issus des milieux populaires ont été massivement orientés vers ces derniers. S'ils bénéficient aujourd'hui d'un accès en terminale dont leurs aînés étaient largement exclus, ils en sortent avec des diplômes moins valorisés sur le marché du travail, et ouvrant très différentiellement sur l'enseignement supérieur.

Source : J.P. Terrail, "L'essor des scolarités et ses limites" in La scolarisation de la France ,
La Dispute, 1997.


Document 2 :

Recrutement des fils selon le groupe socioprofessionnel du père en 1993
(en % sauf effectifs)

 

GROUPE SOCIOPROFESSIONNEL DU FILS

GROUPE SOCIO-PROFESSIONNEL DU PERE

1

Agriculteurs,

Exploitants.

2

Artisans,

Commerçants,

Chef d'entreprise.

3

Cadres,

Professions Intellectuelles. Supérieures.

4

Professions Intermédiaires

5

Employés

6

Ouvriers

 

Ensemble

(en %)

 

Effectifs

(en milliers)

1

AGRICULTEURS EXPLOITANTS

86 11,7 9,4 11 14,8 19,1 17,4 1049

2

ARTISANS,

COMMERCANTS,

CHEFS D'ENTREPRISE

4,7 35,7 15,6 12 9,9 8,7 13,8 831

3

CADRES, PROFESSIONS INTELLECTUELLES SUPERIEURES

1 7,8 23 7,4 7,4 1,8 8,4 503

4

PROFESSIONS INTERMEDIAIRES

1,7 8,1 19,5 13,6 10,7 5,1 10,5 634

5

EMPLOYES

0,3 7,1 12,8 15,4 13 9,4 11,1 667

6

OUVRIERS

6,3 29,6 19,7 40,6 44,2 55,9 38,8 2338

ENSEMBLE

100 100 100 100 100 100 100 100

EFFECTIFS

(en milliers)

300 690 1155 1398 568 1911

 

6022

Ce tableau porte sur les hommes actifs français âgés de 40 à 59 ans en 1993, enquête FQP 1993.

Source : Dominique Goux et Eric Maurin "La mobilité sociale en France"
Données sociales 1996 , INSEE.



Document 3 :

Plus largement distribués, les diplômes ne risquent-ils pas de constituer un passeport dévalué pour accéder à des emplois d'encadrement ?
On peut juger sur l'exemple (français) des générations 1957-1963, âgées de 26 à 32 ans en 1990, donc parvenues à la maturité. Elles sont déjà plus diplômées à cet âge que leurs devancières nées dans la première moitié des années cinquante : on compte parmi elles un tiers de bacheliers (contre un quart seulement huit ans auparavant) et un quart de diplômés du supérieur (contre un cinquième). La proportion de diplômés de niveau supérieur à bac + 2 a doublé, pour atteindre presque 9 %.
Or, compte tenu des besoins du système productif, les chances de devenir cadre avec un tel niveau ont légèrement augmenté d'une génération à l'autre (de 56 % à 62 %). En revanche, elles ont diminué légèrement avec un diplôme de niveau bac + 2 (de 22 % à 19 %). Globalement, la rentabilité du second niveau de l'enseignement supérieur, mesurée en terme de position sociale atteinte en début de carrière, s'est améliorée par rapport au premier niveau.

Source O. GALLAND, "Des études supérieures inégalement rentables selon les milieux sociaux"
INSEE Première , n° 469, Juillet 1996.


Document 4 :

Proportion de bacheliers en France parmi les 25-39 ans et les 50-59 ans selon la profession du père (en %)
(Enquête FQP 1993)



Source : M.A. Estrade, "Les inégalités devant l'école", INSEE Première , n°400, Septembre 1995.


Document 5 :

Même si, notamment avec l'extension des emplois salariés de type tertiaire, de plus en plus d'emplois sont soumis à des conditions de diplômes, d'autres conditions ou critères d'appréciation des employeurs, explicites ou non, différencient les titulaires d'un même diplôme. Directement, par des formes diverses de "piston" ou les réseaux de solidarité, ou indirectement, par les caractéristiques qui lui sont liées (comme le "culot" ou la confiance en soi), l'origine sociale a toujours des effets propres, indépendants de ceux de l'école ou des diplômes, sur le destin social. Cette différenciation a des effets variables : ils peuvent être plus importants pour l'accès à des positions non salariées, où trouvent plus directement à s'employer le patrimoine et les relations de famille. Ainsi l'inégalité sociale dans l'accès aux institutions scolaires se double d'une autre inégalité dans le rendement social des diplômes : la formation scolaire dépend de l'origine sociale, mais aussi, à un niveau de formation donné, le statut social dépend de l'origine.

Source : Dominique Merllié et Jean Prévot, La mobilité sociale , La Découverte, 1991.


Document 6 :

En prenant du retard dès l'enseignement primaire, les enfants d'origine modeste vont aborder le secondaire et ses paliers d'orientation avec un handicap en termes d'âge et aussi en termes de valeur scolaire. Effectivement, des inégalités de réussite s'observent clairement, au moins jusqu'au niveau de l'entrée en seconde. En outre, des inégalités de "demande" se manifestent à réussite comparable, chaque fois qu'un choix est à faire dans le système scolaire, si bien que les inégalités sociales ne s'estompent pas avec le temps mais se cumulent. Au total, plus on s'élève dans la scolarité, plus les inégalités sociales de réussite s'effacent devant les inégalités sociales d'orientation […].
L'ampleur de ces inégalités sociales est relativement méconnue, du fait sans doute de leur caractère très progressif, qui induit une transformation profonde mais lente de la composition sociale des publics scolaires.

Source : M.Duru-Bellat, A.Henriot-van Zanten, Sociologie de l'école , Colin, 1992.

LE CORRIGÉ

I - ANALYSE DU SUJET

Le sujet proposé, assez classique, ne devrait pas poser trop de difficultés aux candidats. Les liens entre l'école et la mobilité sociale sont travaillés dans le cadre du changement social. On invite ici à réfléchir sur la place de l'école dans une perspective d'égalisation des chances.

Les documents, ajoutés aux connaissances personnelles, couvrent bien les différents points du sujet.


II - CORRIGE

Introduction

L'évolution de la société française est profondément marquée depuis les années cinquante par une volonté de démocratiser l'école. L'objectif affiché en 1985 de porter "80% d'une génération au niveau du baccalauréat" semble se réaliser progressivement.

Cette "passion pour l'égalité sociale" que soulignait déjà Tocqueville en 1840 trouve donc une traduction politique dans la volonté d'élargir l'accès à l'école.

Il convient cependant de montrer que l'école a, en fait, un rôle limité sur la mobilité sociale et que le rôle du milieu d'origine reste déterminant dans la réussite scolaire et sociale.


1 - Le rôle de l'école a eu un effet limite sur la mobilité sociale

A. Les besoins de l'économie et la volonté d'assurer à tous un savoir ont favorisé un accroissement de la scolarisation au niveau de l'enseignement supérieur et secondaire.

- Accès au bac quelle que soit la CSP (document 4)
- Multiplication du nombre de bacheliers par huit et du nombre d'étudiants par sept (document 1)
- Amélioration générale du niveau de qualification


B. Une démocratisation qui rencontre des limites et qui n'a pas permis de réduire les inégalités dans l'accès aux positions sociales dominantes.

- Les inégalités se sont déplacées vers le haut. Puisque les enfants de cadres sont toujours surreprésentés par rapport aux autres CSP (document 4), le tri social est reporté plus tard.
- Orientation massive vers des filières technologiques et professionnelles (document 1)
- Surreprésentation des enfants des catégories socio-professionnelles élevées dans les filières nobles et sélectives (médecine, droit, école d'ingénieurs, etc...)


2 - Un autre facteur, la famille limite le rôle de l'école dans la mobilité sociale

A. L'influence des origines sociales dans l'insertion sociale définitive persiste au delà de la scolarité.

- Le rendement des études dépend étroitement du milieu d'origine. L'importance du capital social exerce un effet de dominance au profit des enfants des catégories favorisées (Pierre Bourdieu).
- Le capital économique (le patrimoine, le revenu...) favorise la poursuite d'études longues et empêche le déclassement social en cas d'échec scolaire.
- La famille favorise également un accès plus aisé à la culture scolaire (fréquentation des musées et du théâtre dans les classes dominantes).

B. L'importance attachée au succès scolaire et au choix d'orientation varie en fonction des caractéristiques sociales et culturelles du milieu familial.

- Dans les familles aisées, la réussite scolaire est un impératif.
- Quand la réussite est médiocre, les familles des catégories supérieures ont tendance, contrairement aux autres, à maintenir leurs enfants le plus longtemps dans le système scolaire (document 6).
- Les enfants de milieu plus modeste ont le plus souvent des stratégies de repli qui les conduisent à envisager de poursuivre leurs études dans des filières d'enseignement professionnel.


Conclusion

Dans les sociétés démocratiques la mobilité sociale est un enjeu majeur. Une des institutions susceptible de favoriser l'égalité des chances est l'école.

Si cette dernière a contribué d'une certaine manière à l'accroissement des qualifications et à l'accès à la culture, les analyses sociologiques ont montré que ce rôle de l'école reste très limité sur les trajectoires sociales des individus.

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