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Annales gratuites Bac Pro Secteur Industriel : 1914 - 1918 : roman autobio/Bd

Le sujet  2005 - Bac Pro Secteur Industriel - Français - Compétence de lecture Imprimer le sujet
LE SUJET


1 - Texte :
Le désordre le plus total règne sur le champ de bataille. Vous identifierez et analyserez trois procédés d'écriture qui contribuent à créer cette impression de grande confusion (lignes 1 à 23).
(3 points).

2 - Texte :
Vous expliquez comment le narrateur rend compte de la violence des combats en vous appuyant notamment sur l'étude du lexique et des images (lignes 24 à 42).
(3 points).

3 - Document iconographique :
Vous étudierez comment ce combat est présenté dans les six vignettes de la bande dessinée (organisation du récit, cadrage, complémentarité texte-image ...).
Par une étude précise de la quatrième vignette, vous montrerez ensuite par quels procédés le dessinateur met en relief le caractère inhumain des combats.
(4 points).

Texte

Ecrivain et journaliste français. Roland Dorgèles est engagé volontaire dès 1914. A la fin du conflit, il publie Les Croix de bois, roman dans lequel il raconte ses souvenirs de guerre. L 'extrait ci-dessous décrit une attaque surprise des Allemands dans un cimetière, la nuit.

     - Ils attaquent !
     Gilbert et moi avons bondi ensemble, assourdis. Nos mains aveugles cherchent le fusil et arrachent la toile de
     tente qui bouche l'entrée.
     - Ils sont dans le chemin creux !
5   Le cimetière hurle de grenades, flambe, crépite. C'est comme une folie de flammes et de fracas qui
     brusquement éclate dans la nuit. Tout tire. On ne sait rien, on n'a pas d'ordres : ils attaquent, ils sont dans le
     chemin, c'est tout...
     Un homme passe en courant devant notre trou et s'abat, comme s'il avait buté. D'autres ombres passent,
     courent, avancent, se replient. D'une chapelle ruinée, les fusées rouges jaillissent, appelant le barrage(1) Puis le jour
10  semble naître d'un coup ; de grandes étoiles blafardes crèvent au-dessus de nous, et, comme à la lueur d'un phare,
     on voit naître des fantômes, qui galopent entre les croix. Des grenades éclatent, lancées de partout. Une
     mitrailleuse glisse sous une dalle, comme un serpent et se met à tirer, au tir rapide, fauchant les ruines.
     - Ils sont dans le chemin, répètent les voix.
     Et, aplatis contre le talus, des hommes lancent toujours des grenades sans s'arrêter, de l'autre côté du mur. Par
15  dessus le parapet, sans viser, les hommes tirent. Toutes les tombes se sont ouvertes, tous les morts se sont dressés,
     et, encore aveuglés, ils tuent dans le noir, sans rien voir, ils tuent de la nuit ou des hommes.
     Cela pue la poudre. Les fusées qui s'épanouissent font courir des ombres fantastiques sur le cimetière
     ensorcelé. Près de moi, Maroux(2), en se cachant la tête, tire entre deux sacs dont la terre s'écroule. Un homme se
     tord dans les gravats, comme un ver qu'on a coupé d'un coup de bêche. Et d'autres fusées rouges montent encore,
20  semblant crier : "Barrage ! barrage !".
     Les torpilles(3) tombent, par volées, défonçant les marbres. Elles arrivent par salves, et c'est comme un tonnerre
     qui rebondirait cinq fois.
     - Tirez ! tirez ! hurle Ricordeau(2) qu'on ne voit pas.
     Abasourdis, hébétés, on recharge le lebel (4) qui brûle. Demachy, sa musette déjà vide, a ramassé les grenades d'un
25  copain tombé et les lance, avec un grand geste de frondeur. Dans le fracas, on entend des cris, des plaintes, sans y
     prendre garde. Il y en a certainement qui sont ensevelis. Un instant, les fusées découvrent un grand mort, couché
     sur une dalle, tout au long, comme un homme de pierre.
     En rafale, notre barrage arrive enfin, et une haie rouge de fusants(3) crève la nuit, en tonnant. Les obus(3) se
     suivent, mêlant leurs aiguillées, et cela forge une haie de fer au-dessus de nous. Percutants(3) et fusants se plantent
30  furieusement devant nos lignes, barrant la route, et, empanaché de fusées, claquant d'obus, le cimetière semble
     vomir des flammes. D'un parapet à l'autre, les hommes courent sans savoir, trébuchant, se poussant. Beaucoup
     culbutent, la tête lourde, les reins pliés, et les tombes en vomissent toujours d'autres, dont les shrapnells(3) et les
     fusées découvrent les silhouettes traquées.
     Au centre, devant le saint impassible, les torpilles piochent, hachant les soldats sous les dalles, écrasant les
35   blessés au pied des croix. Dans les tombes, sur les gravats, cela geint, cela se traîne. Quelqu'un s'abat près de moi
     et me saisit furieusement la jambe, en râlant.
     Les coups précipités nous cognent sur la nuque. Cela tombe si près qu'on chavire, aveuglé d'éclatements. Nos
     obus et les leurs se joignent en hurlant. On ne voit plus, on ne sait plus. Du rouge, de la fumée, des fracas...
     Quoi, est-ce leur 88, ou notre 75 qui tire trop court ?... Cette meute de feu nous cerne. Les croix broyées nous
40  criblent d'éclats sifflants... Les torpilles, les grenades, les obus, les tombes même éclatent. Tout saute, c'est un
     volcan qui crève. La nuit en éruption va nous écraser tous...
     Au secours ! au secours ! On assassine des hommes !

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919.

(1) : barrage : tir d'artillerie effectué en avant des troupes ennemies pour arrêter leur attaque.
(2) : Maroux, Ricordeau : des soldats, compagnons du narrateur.
(3) : torpilles, fusants, obus, percutants, shrapnells : projectiles d'artillerie remplis d'explosifs.
(4) : lebel : fusil de guerre.

Document iconographique : bande dessinée.


Extrait de l'ouvrage C'était la guerre des tranchées, TardiÓ Casterman, 1993.
Avec l'aimable autorisation des auteurs et des Editions Casterman.
 

LE CORRIGÉ


I - LA FICHE SIGNALETIQUE

  • Type de sujet : compétences de lecture
  • Type de texte : narratif et descriptif pour le premier texte ; iconographique pour l'autre document.
  • Genre : roman autobiographique et BD.
  • Contraintes spécifiques : il fallait analyser des procédés d'écriture à l'œuvre dans une scène de combat violent et confus.
  • II - LES REACTIONS A CHAUD DU PROFESSEUR

    1. Un beau sujet qui porte sur une période effroyable de l'histoire contemporaine de mieux en mieux connue notamment grâce au musée de Verdun ou à l'Historial de Péronne.
    2. Il est intéressant par ce qu'il invite à confronter deux formes d'expression : le roman autobiographique et la BD.
    3. Les documents sont d'une grande qualité expressive et l'on peut constater à quel point la BD n'est pas un art mineur.

    III - UN TRAITEMENT POSSIBLE

    1) Texte : Les procédés qui créent la confusion :

  • Utilisation d'un discours direct ambigu : Qui parle au discours direct ("Ils attaquent ! ", "Ils sont dans le chemin ! ") ? Des "voix" pour désigner l'ennemi en un pluriel anonyme.
  • Utilisation du pronom indéfini "on" ("On ne sait rien, on n'a pas d'ordres.") à valeur de substitut : mais qui est désigné par ce "on", les officiers ?, les soldats ?
  • Tonalité fantastique c'est-à-dire intrusion sans crier gare du surnaturel dans la réalité : les morts sont "vivants", "des ombres fantastiques" apparaissent.
  • Les modalisateurs : mots ou expressions par lesquels le narrateur exprime un doute (rôle du conditionnel).
  • Autre procédé : les champs lexicaux du bruit assourdissant et de l'aveuglement.
  • Vous aviez le choix mais il était dommage de manquer la tonalité fantastique et les champs lexicaux.

    2) Texte : La violence des combats

    a) Elle est rendue par le lexique :

  • Champ lexical du bruit assourdissant, des noms étant répétés plusieurs fois : "fracas", "rafale", "tonner", "éclats sifflants".
  • Verbes d'action :
    - Transitifs :"hacher", "écraser" "cribler"
    - Intransitifs : "éclater", "crever"
  • Jeu des couleurs :
    Du noir, ("éclairage violent et ponctuel"), au rouge, en passant par le jaune ("fusées", "flammes").
  • b) La violence des combats est également rendue par les comparaisons et les métaphores :

  • Le cimetière est comparé à un dragon : "il vomit des flammes".
  • La personnification des projectiles : "torpilles et obus hurlent".
  • En sens contraire, les êtres humains sont assimilés à un bateau qui chavire : les soldats sont comme chosifiés, écrasés, broyés, "criblés d'éclats".
  • 3) Document iconographique

    a) Six vignettes présentent le combat. On peut les résumer en donnant à chacune un titre qui montrera la progression du récit :

    - Vignette 1 : alerte
    - Vignette 2 : attente
    - Vignette 3 : soudaineté de l'attaque
    - Vignette 4 : mêlée confuse
    - Vignette 5 : sauve-qui-peut
    - Vignette 6 : bilan absurde : statu quo final

    b) On note une évolution dans le cadrage entre les quatre premières vignettes qui présentent un point de vue interne (ce que l'on voit dans la tranchée française) et les deux dernières vignettes qui offrent un cadrage élargi à l'extérieur de la tranchée : c'est le champ de bataille qui est alors envisagé, et on n'est plus vraiment dans un camp plus que dans l'autre.
    La troisième présente la matérialisation de la menace allemande. L'extérieur est montré, mais toujours du point de vue français.
    La quatrième vignette joue un rôle de pivot mais le point de vue demeure interne.

    c) On vous invitait à revenir sur la quatrième vignette. Elle tranche sur les précédentes en raison de l'absence de bulle, de texte qu'elle illustrerait. C'est sans doute en raison de l'horreur qui s'y exprime.
    Tardi parvient à rendre le caractère inhumain des combats :
    - en adoptant un point de vue en contre plongée qui grossit les protagonistes ;
    - en montrant des formes monstrueuses ("les masques à gaz transforment les soldats en robots") ;
    - en soulignant les armes blanches : qui dit "baïonnettes" dit "boucherie" ;
    - en montrant des faces humaines atroces, grimaçantes ou décomposées, mutilées ;
    - en emplissant l'espace de corps qui se cherchent et se mêlent dans une mêlée qui s'apparente mutatis mutandis à tel célèbre tableau de Picasso (Guernica) ;
    - en jouant sur les contrastes d'ombre et de clarté.

    IV - LES ERREURS A EVITER

    Il fallait bien respecter les consignes invitant à identifier et analyser des procédés : être capable de nommer des figures de style et les rapporter à un effet produit à la lecture du texte ou du dessin.
    Ne pas se tromper de guerre : c'est bien en 1914-1918 qu'elle a été une boucherie effroyable en raison, notamment, des tranchées.
     

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