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Annales gratuites Bac S : Texte de Merleau-Ponty

Le sujet  1997 - Bac S - Philosophie - Commentaire d'un texte philosophique Imprimer le sujet
LE SUJET

Vous dégagerez l'intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude ordonnée.

             Il y a [...] deux vues classiques. L'une consiste à traiter l'homme comme le résultat des influences physiques, physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient de lui une chose entre les choses. L'autre consiste à reconnaître dans l'homme, en tant qu'il est esprit et construit la représentation des causes mêmes qui sont censées agir sur lui, une liberté acosmique (1). D'un côté l'homme est une partie du monde, de l'autre, il est conscience constituante du monde. Aucune de ces deux vues n'est satisfaisante. A la première on opposera toujours [...] que, si l'homme était une chose entre les choses, il ne saurait en connaître aucune, puisqu'il serait, comme cette chaise ou comme cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu de l'espace et donc incapable de se les représenter tous. Il faut lui reconnaître une manière d'être très particulière, l'être intentionnel, qui consiste à viser toutes choses et à ne demeurer en aucune. Mais si l'on voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre insertion dans le monde, on renoncerait à penser la condition humaine.

MERLEAU-PONTY

(1) Liberté acosmique : qui ne dépend pas de notre "insertion dans le monde".

LE CORRIGÉ

I - LES TERMES DU SUJET

Le texte est bâti sur l'opposition de deux couples de concepts : d'un coté, le couple de la CHOSE et du MONDE, de l'autre, celui de l'ESPRIT et de la LIBERTE. L'homme est pris dans une alternative que dénonce l'auteur : on veut qu'il soit chose, mais on veut aussi qu'il soit esprit, ce qui est contradictoire. Ou encore, on veut qu'il soit dans le monde mais on veut aussi qu'il soit libre, c'est-à-dire d'une certaine façon (fausse pour l'auteur), hors du monde.


II - ANALYSE DU PROBLEME

MERLEAU-PONTY dénonce deux conceptions "classiques" de l'homme. Surtout, il essaie de suggérer une solution autre, intermédiaire, en faisant jouer les unes sur les autres les conséquences fausses auxquelles conduisent ces deux conceptions, pour qu'elles se redressent mutuellement.

C'est toute la difficulté du texte :
dégager des éléments POSITIFS pour la vraie conception de l'homme, à partir de la confrontation d'éléments NEGATIFS.

On ne pouvait attendre du candidat qu'il reconstitue la pensée de l'auteur. En revanche, on attendait qu'il soit très attentif au texte et au jeu des oppositions sur lesquelles il s'appuie pour suggérer la vraie conception de la "condition humaine".


III - LES GRANDES LIGNES DE REFLEXION

Le repérage des moments du texte était l'étape préalable nécessaire à sa juste compréhension.

Deux moments se succèdent :

A - Présentation générale de l'opposition.
Du début à "conscience constituante du monde".

B - Reprise détaillée de l'opposition.
De "Aucune ..." à la fin.

Ce deuxième mouvement se subdivise lui-même en deux moments.

1. De "A la première" jusqu'à "ne demeurer en aucune" : critique interne de la conception matérialiste.

2. De "Mais si l'on voulait" à la fin: critique interne de la conception spiritualiste.


IV - UNE DEMARCHE POSSIBLE


A - Les deux "vues" qui se contredisent et s'entre-détruisent sont en effet le MATERIALISME et le SPIRITUALISME.

Elles ont quelque chose en commun : toutes deux font d'une composante relative ou d'une moitié de la condition humaine un ABSOLU, le tout de cette condition.

Le matérialisme considère l'homme comme un être entièrement absorbé dans les choses, voire comme une chose lui-même.

C'est le règne des "influences".

L'homme est déterminé par les choses : autrement dit, son être intérieur est gouverné par les causes extérieures, et il finit par être transformé en chose, "chose entre les choses", écrit l'auteur.

Le spiritualisme pose brutalement le contraire : l'essence de l'homme, c'est son esprit, et celui-ci possède une "liberté acosmique". "Cosmos" signifie "monde" en grec, "acosmique" signifie "qui est séparé du monde, qui ne dépend pas ou n'a pas besoin du monde".

L'action humaine, les fins visées et les réalisations de ces fins, pour le spiritualiste, dépendent uniquement de l'"esprit", c'est-à-dire d'une réalité non matérielle qui est l'essence de l'homme et qui échappe au monde.


B - Les conséquences absurdes des deux conceptions.

1. Le matérialisme est faux, parce qu'il ne permet pas de RENDRE COMPTE d'un fait : le fait même de la CONNAISSANCE.

Connaître, cela suppose une mise à distance entre le sujet connaissant et l'objet connu. Plus généralement, la représentation mentale d'une réalité demande à la fois une distance vis-à-vis de la chose représentée, et une différence de nature entre l'esprit et la chose.

MERLEAU-PONTY désigne cette faculté qu'a l'homme de PRENDRE POUR OBJET de sa visée mentale, une réalité qu'il DISTINGUE DE LUI-MEME : "l'être intentionnel".

2. A l'inverse, le spiritualisme est incapable de rendre compte de "notre insertion dans le monde". Par cette formule, l'auteur désigne les "attaches" qui nous relient au monde. Il ne faut prendre ce mot seulement au sens affectif ("être attaché à quelqu'un").
Il faut au contraire donner un sens très matériel à la relation de l'homme au monde. L'homme est lié au monde corporellement : par la PERCEPTION des choses, et socialement, par son TRAVAIL et ses relations à AUTRUI.

L'esprit est donc bien pour l'auteur, une réalité, mais en aucun cas une réalité "absolue", c'est-à-dire une réalité pouvant exister sans s'INCARNER au sein du monde, NI S'OUVRIR à ses influences.

On peut formuler de manière synthétique la pensée de l'auteur, en réunissant les deux aspects de cette critique.
L'homme est esprit, mais n'est pas simplement esprit en ce sens que celui-ci ne peut pas se représenter le monde en étant extérieur à ce monde : l'homme ne peut se représenter le monde que s'il est immergé en lui, ou encore ENGAGE en lui.


V - QUELQUES REFERENCES POSSIBLES

- MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, dernier chapitre

- SARTRE, L'Etre et le Néant , chapitre sur la liberté


VI - LES FAUSSES PISTES

- Attribuer à l'auteur l'une ou l'autre des conceptions qu'il critique.
- Lui attribuer les deux à la fois, sans considérer la critique mutuelle qu'il leur fait exercer.
- Réciter la conception propre de MERLEAU-PONTY à partir du cours, sans prêter attention au détail du texte.


VII - LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR

MERLEAU-PONTY propose une conception synthétique de l'homme, celle d'une LIBERTE DANS LE MONDE. Outre les difficultés propres à cette conception, le texte présentait une certaine subtilité de raisonnement, qui demandait beaucoup d'attention et de méthode au candidat.

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