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Annales gratuites Bac L : La vie est un songe

Le sujet  1998 - Bac L - Littérature - Question Imprimer le sujet
LE SUJET

Quel éclairage le titre La vie est un songe donne-t-il à la pièce de CALDERON ?

LE CORRIGÉ

I - FICHE SIGNALETIQUE

Le sujet ne présente pas de difficulté. Il demande aux candidats de connaître la pièce et d'en dégager le sens général à partir du problème posé par l'interprétation du titre.


II - REACTION A CHAUD DU PROFESSEUR

C'est le sujet idéal, surtout pour les candidats qui n'auront pas eu le temps de faire des révisions approfondies. Il suffit d'avoir un minimum de connaissances du programme pour le traiter.


III - TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET

La pièce de CALDERON, La vie est un songe , porte un titre insolite, car le mot songe, "sueño" en espagnol, signifie à la fois le sommeil et le rêve.

Ce titre ambigu résume par avance les interrogations du personnage principal, Sigismond, qui ne cessera de se demander tout au long de la pièce s'il est la proie d'une illusion.

Par ce titre, l'auteur indique donc préalablement au lecteur ou au spectateur le problème philosophique et moral que l'intrigue illustrera.

Cependant, la formulation gnomique de ce titre, construit sur une figure analogique (vie = songe), donne à la pièce un éclairage inhabituel pour une oeuvre dramatique.

En effet, traditionnellement, le titre d'une pièce de théâtre est donné par le personnage principal ou par le noeud de l'intrigue.

Mais CALDERON a baptisé son oeuvre d'une maxime qui se présente à la fois comme l'affirmation d'une vérité générale (la vie "est" bel et bien un songe, affirme le titre) et comme une aporie philosophique (la vie réelle, le monde sensible, n'est qu'une apparence, voire une illusion).

Il est donc nécessaire de comprendre le titre comme un postulat philosophique, et la pièce elle-même comme la démonstration de ce postulat. L'art dramatique est mis au service d'un programme didactique.


1. Un éclairage philosophique

L'intrigue principale de la pièce est centrée sur le personnage de Sigismond, pour qui chaque passage du monde de l'ombre et de l'aliénation à celui de la réalité et du pouvoir est l'occasion de s'interroger sur le sens de la vie.

A son retour dans la prison qu'il avait quittée pour s'éveiller, libre, dans le palais de son père, il est assailli de doutes atroces :

Ce que j'ai vu n'a-t-il été que songe ? Ai-je rêvé quand j'étais éveillé ? Qu'est-ce que la vie ? une ombre, une illusion, une fiction ? s'interroge-t-il au cours du monologue central de la pièce (deuxième journée, scène 19).

De fait, c'est un songe, le rêve prémonitoire de sa mère, Clorilène, qui a précipité dans la tragédie la destinée de Sigismond, écarté du pouvoir par le roi Basile, son père, et enfermé dans une tour dont les murs le séparent du monde réel.

Après son transfert au palais, il se réveille dans un univers somptueux et, n'en croyant pas ses yeux, pense être l'objet d'une illusion. Ce passage dans la vie réelle s'étant révélé désastreux, il fait ensuite l'amère expérience de la désillusion ("desengaño").

La force de Sigismond, celle qui fait de lui un héros capable d'assumer son destin, est de décider de transformer son désespoir en acte de volonté.

Pour sortir du "songe" et donner à la vie humaine un sens qui ne soit pas illusoire, seule compte la certitude inaliénable d'accomplir le bien.

Bien agir en toute circonstance, même si, en définitive, l'on rêve, est une règle morale qui permet de transcender l'incertaine réalité.

Ce parcours de Sigismond pendant la pièce le conduit à incarner le modèle du roi généreux et à renoncer à son propre bonheur pour préserver l'intérêt général.

Le dénouement de la pièce offre au public l'image d'une conduite exemplaire, qui devient pour chaque spectateur, pour chaque lecteur, un modèle à suivre.

Cependant, cette démonstration pleine de pragmatisme se fait par le biais d'une action théâtrale fictive, invraisemblable, qui n'est elle-même que la mise en scène d'une illusion.


2. Un éclairage dramaturgique

La pièce de CALDERON se place, dès son titre, sous le signe de l'improbabilité et de l'invraisemblance. Le décor, les lieux, les temps de l'action, l'entrelacement des différentes intrigues n'ont pas de vraisemblance.

Selon les règles de l'esthétique baroque, les personnages sont instables, les langages multiples et les péripéties imprévisibles.

La pièce se présente donc comme une fiction absolue, délibérément privée de vraisemblance ; bref, comme une totale illusion.

Pour illustrer le thème de la vanité du monde, CALDERON choisit la technique baroque de la mise en abyme et valide son art tout en captivant son public par des vertiges successifs dont doit naître la connaissance de soi et l'intuition du sens de la vie.


IV - LES FAUSSES PISTES

Le piège était de n'expliquer que l'intrigue à partir du titre et de raconter la pièce en se limitant à l'analyse psychologique du personnage de Sigismond.
Il fallait étudier les relations entre le titre et l'oeuvre elle-même et dégager les différents niveaux d'interprétation (philosophique et dramaturgique) de cette pièce.

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